François Hollande se prend les pieds dans le tapis algérien

Journaliste, écrivain
 

François Hollande, comme un rat de laboratoire ? Condamné à se taper la tête contre les murs, en quête d’une éventuelle sortie de secours, en attendant un grand retour par l’entrée des artistes ? Un rat aveugle ? Un rat mort, surtout. Qui ne sait plus où il va et ignore surtout à qui donner des gages électoraux, en vue d’une réélection de plus en plus hypothétique.

Dernière pirouette : en remettre une couche sur la guerre d’Algérie et devenir le premier Président français à officiellement commémorer le 19 mars 1962 ; ce à quoi s’étaient refusés tous ses prédécesseurs. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il s’agit d’une date qui fâche, pas uniquement pieds-noirs et harkis, mais à peu près tout le monde, historiens au premier chef.

Ainsi, François Mitterrand, millésime 1981, affirmait-il : « Le 19 mars 1962 est un acte diplomatique. […] Il ne faut pas semer la confusion dans la mémoire de notre peuple. » Bien vu et bien dit. En effet, les accords d’Évian, signés la veille, ne s’accordent que sur un cessez-le feu ; lequel, François Mitterrand dixit, n’a pas empêché la suite de la guerre : « D’autres victimes ont été décomptées. » Du côté des Européens, une centaine de morts et des dizaines de milliers de disparus.

Mais aussi du côté des Algériens, pour cause de règlements de comptes internes, plus ou moins politiques, entre les diverses factions nationalistes.

C’est malheureusement la loi du genre en temps de guerre civile. En France, l’occupation allemande nous a coûté près de 80.000 vies en à peu près quatre ans, l’épuration franco-française plus de 9.000 en deux mois ; faites le ratio…

Alors, que fête-t-on, en admettant qu’il y ait quelque chose à fêter en la circonstance ? Le 5 juillet 1962, date de l’indépendance algérienne, quatre jours après le référendum sur l’autodétermination organisé par le général de Gaulle ? Pourquoi pas, mais ce serait plus aux Algériens qu’aux Français de célébrer ce jour… L’histoire tient encore moins debout, que François Hollande veut associer à l’affaire les cas marocains et tunisiens.

S’agit-il de donner un signe à cette fantomatique gauche de la gauche, plus que malmenée ces temps derniers ? Peut-être. Mais on voit mal ce qu’un Jean-Luc Mélenchon, fût-il né au Maroc, peut encore être influencé par ces histoires à l’horizon présidentiel de 2017. Un geste lancé en direction de l’électorat franco-maghrébin, très malmené depuis les histoires de mariage pour tous et de chasse au Dieudonné ? Si tel est le cas, la manœuvre serait tardive autant que hâtive.

En revanche, on remarquera que cette gauche, qui se prétend résolument moderne, n’en finit plus d’aller fouailler les cicatrices mal refermées de notre grand roman national, sachant qu’à l’heure de l’ubérisation macronesque de notre société, ces affaires ne concernent finalement plus grand monde. Pareillement, cette même gauche qui n’en finit plus de reprocher à ses adversaires de dresser les Français les uns contre les autres n’a de cesse de raviver d’autres plaies qui commençaient juste à se fermer.

Pire : tout cela participe d’une sorte de racisme à l’envers, consistant à prétendre que seuls les habitants de la rive nord de la Méditerranée auraient colonisé ceux de la rive sud, alors qu’on sait que ces colonisations ont été autant multiples que mutuelles. Racisme à l’envers, une fois de plus, en faisant croire à ces Français de fraîche date qu’ils ont toujours été dominés, alors que leurs ancêtres, eux aussi, ont été dominateurs. Les Français ont laissé d’assez belles choses à Alger ; mais les Arabes aussi, à Séville comme à Cordoue.

Mitterrand savait cela, Hollande pas, manifestement. Comme quoi il est plus facile d’être Charlie que François.

Nicolas Gauthier
Journaliste, écrivain

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