Comment la gauche a trahi le peuple et la droite la nation…

Journaliste, écrivain
 

À en croire Alain Peyrefitte, le général de Gaulle avait coutume de dire : « Je n’aime pas les socialistes, car il ne sont plus socialistes. Et je n’aime pas les miens, parce qu’ils aiment trop l’argent. »

Mais, déjà bien avant et pour ce qui concerne la gauche, note Éric Zemmour dans Le Figaro de ce 20 mars, « le premier tournant date de la fin du XIXe siècle avec l’affaire Dreyfus. Au nom de la défense des droits de l’homme, les socialistes se sont alors ralliés à la gauche libérale en renonçant à leur spécificité : la volonté de contraindre l’individu au nom de l’intérêt supérieur de la collectivité. À partir de ce renoncement, le socialisme se condamnait à être ce qu’il est devenu. »

Puis, le tournant de la rigueur de 1983, à l’occasion duquel François Mitterrand rompt avec le Parti socialiste de 1971, celui du congrès d’Épinay, de cette union de la gauche qui la fit frayer avec un Georges Marchais qui, déjà, dénonçait les périls à venir d’une immigration voulue par le grand patronat de l’époque.

Désormais, le boulevard était grand ouvert pour un Front national à peine naissant. Tant que ce dernier s’en tenait encore aux vieilles lunes d’une droite ayant depuis dépassé la date de péremption, il n’y avait pas péril en la demeure ; la nostalgie, pour autant charmante qu’elle soit, n’a jamais pesé lourd dans les urnes.

Puis, le référendum de Maastricht, en 1992. Le « oui » qui passe d’un cheveu, alors que tous les médias dominants – même Johnny Hallyday, c’est dire – faisaient campagne pour lui. En face ? Jean-Marie Le Pen, évidemment. Mais surtout le duo Philippe Séguin/Charles Pasqua qui, trois ans auparavant, avait mené la fronde en interne au RPR contre un Chirac en voie de juppéisation.

Les deux hommes ne surent pas transformer l’essai, même avec l’aide d’un Philippe de Villiers qui, pourtant, prit alors langue avec un Jean-Pierre Chevènement dans le vain espoir de réunir « les républicains des deux rives ».

Puis, c’est l’élection présidentielle de 1995, là où il devient évident que le Front national est devenu le premier parti ouvrier de France ; ce qui se confirmera en 2002, lors d’un fameux 21 avril… Ensuite, le divorce se consomme trois années plus tard, lors d’un autre référendum européen, celui d’Amsterdam. À l’époque, Nicolas Sarkozy et François Hollande posent tous deux en une de Paris Match. Et là encore, les orgues de Staline médiatiques battent leur plein : il faut voter pour cette Europe qui, cela commence à se voir, n’est que vile caricature du noble idéal européen. Le « non » triomphe, mais qu’importe… Dans l’actuel système démocratique, le vote du peuple n’est qu’un mal vaguement nécessaire et si l’on pouvait faire sans… D’ailleurs, « ils » ont fait sans.

Après, l’UMP – cette étrange machine fonctionnant aux idées européistes de l’UDF tout en conservant les méthodes de voyous du RPR – qui n’en finit plus de bazarder la nation. Et le PS qui continue de trahir le peuple. Tout ça pour ça ? Tout ça pour en revenir à la IVe République du siècle dernier. Avec des gaullistes retournés au MRP et des socialistes revenus au temps de la SFIO !

Libéraux-sociaux ou sociaux-libéraux, quelle importance ? C’est le mariage mondialisé pour tous… Les bras des ouvriers ou les ventres des femmes ? Tout est à vendre, à louer, à brader… Quant à la sueur des travailleuses et des travailleurs ? Une simple variable d’ajustement… Alors, évidemment, quand l’obscénité devient trop voyante, cela finit fatalement par se voir. D’où les conclusions de la fondation Terra Nova, cerveau d’appoint du PS, qui a pris acte du divorce du peuple d’avec la gauche, tout comme la droite faisait son deuil de la nation.

On remarquera pour finir que ce sont les mêmes qui n’en finissent plus de chialer ou de s’indigner devant les résultats électoraux du Front national. Qu’ils fassent provision de mouchoirs et de bréviaires d’exorcisme : le second tour des élections municipales est dans deux jours. Et les élections européennes suivront de près.

Nicolas Gauthier
Journaliste, écrivain

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