C’est dans « Éléments » : le coming out de Michel Onfray et les quatre vérités de Patrick Buisson

Journaliste, écrivain
 

Le moins qu’on puisse prétendre, c’est que pour sa nouvelle formule, le magazine Éléments, fondé il y a plus de quarante ans par Alain de Benoist, a fait fort tout en caguant un brin dans le ventilo.

Ainsi, Michel Onfray, Normand encore plus têtu qu’un Breton, à force qu’on lui reproche de préférer « une analyse juste d’Alain de Benoist à une analyse injuste de BHL », pose crânement en couverture de la chose en question. Et livre un long entretien qui ne fait pas précisément dans la dentelle, titré « Dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité ». Un exemple au hasard ? « Populiste ? Je préfère à libéral, capitaliste, bourgeois, mitterrandien, social-démocrate, social-libéral. Sollers a cru un jour me blesser en disant que j’étais un “tribun de la plèbe”. Il ne pouvait me faire plus grand honneur ! »

Voilà qui donne l’ambiance, virile et velue : « Ma gauche populaire est girondine, communaliste, libertaire, proudhonienne, autogestionnaire. Que la gauche institutionnelle, de Hollande à Mélenchon, de Libération à Mediapart, ne m’aime pas et me calomnie est plutôt une bonne nouvelle. Le contraire m’inquiéterait. » Voilà un viatique qu’on se plairait à signer…

Le reste est à l’avenant. Michel Onfray tire à vue sur les idoles en papier-mâché et les philosophes en peau de zébu. Planqué pas loin derrière, un autre original, véritable homme de droite, lui : le ténébreux conseiller Patrick Buisson. Onfray qui fait son coming out et Buisson qui rompt une longue et bien compréhensible diète médiatique ; voilà des pages qui valent leur pesant de pistaches, surtout lorsque formant un volumineux dossier sur les sulfureux rapports liant droite et argent. Et cet aveu terrible du fameux visiteur élyséen du soir : « J’étais radicalement contre le discours de Grenoble. On est au pouvoir, il faut agir, en finir avec la communication politique. Cette question de l’immigration ne peut plus être réglée par la voie parlementaire.

Consultons par référendum les Français. Les questions sont très simples : les critères d’attribution des prestations sociales ; le droit du sol ; le regroupement familial ; le droit d’asile ; les accords de Schengen. Cinq questions. J’ai encouragé Sarkozy à les poser. Il n’a jamais voulu… »

De ce passionnant entretien, on retiendra encore ces phrases que les actuels candidats à la magistrature seraient heureusement inspirés de méditer : « La ligne de clivage est aujourd’hui sur la question de l’identité, laquelle est centrale, mais aussi du rapport à l’argent. L’argent ne fait pas société. Il détruit le lien social. C’est toute l’histoire des droites par rapport au capitalisme, d’abord entrepreneurial, puis financier, qui se trouve au cœur de la problématique politique, étant entendu que la financiarisation a accéléré un processus. La base anthropologique du capitalisme a longtemps été la chrétienté occidentale et ses valeurs. Ce qui est en train de s’épuiser aujourd’hui, puisque le socle culturel du transhumanisme, l’ethos infantiliste du capitalisme financier, ses rendements à 15 %, n’ont plus rien à voir avec les ressorts anthropologiques du premier capitalisme entrepreneurial, exactement comme la forme républicaine a bénéficié du legs anthropologique et historique de la France qui l’a précédé. La morale de nos pères, disait Ferry. »

Bref, ça dépote chez les « néo-réactionnaires » ou quel que soit le sobriquet dont des médias, toujours dominants mais de plus en plus à la ramasse, les affublent. Un grand bain d’intelligence, et hop ! On en ressort avec le cervelet tout propre, genre qui brillerait presque comme un miroir de bordel. En vente mercredi dans tous les kiosques.

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