Centrale de Fessenheim : un autre syndrome français

Journaliste, écrivain
 

Alors… Fermera ou ne fermera pas, la centrale nucléaire de Fessenheim – la plus ancienne de France – en Alsace ? François Hollande s’y était fermement engagé durant sa campagne présidentielle. Mais, bon : les promesses d’un candidat, surtout celui-ci…

Du coup, c’est à Ségolène Royal, désormais ministre de l’Écologie et de l’Énergie, qu’ont été refilés bébé, eau du bain et baignoire allant avec. Sa décision ? Dimanche dernier, elle déclarait n’avoir pas tranché sur « l’avenir de la centrale » en question, assurant ne pas « savoir encore quels réacteurs seraient fermés dans le cadre de la transition énergétique ».

Nous voilà bien avancés. Pour rappel, il faut savoir qu’à propos de « transition énergétique », une autre promesse présidentielle du père de ses enfants prévoyait une réduction de la consommation énergétique de 50 % en 2050, sans compter une autre réduction du nucléaire dans la consommation finale d’électricité de 50 % à l’horizon 2025, contre 75 % aujourd’hui.

Tout cela est finalement assez emblématique de la manière dont nos gouvernants gouvernent, ou font semblant de gouverner les affaires de la nation. Comme si tout se faisait désormais au doigt mouillé, entre sondages, immédiateté et ouverture des JT. Le tout sur fond d’émotion. Certes, il y eut Fukushima, indéniable catastrophe ; mais d’ici qu’un tsunami submerge l’Alsace, il y a tout de même encore le temps de voir venir, même si mauvais temps il y a, à en croire les climatologues.

Comme il faut toujours être au taquet, avant Twitter et Facebook, on réagit donc de suite ; mais toujours prendre le temps de bien réfléchir, alors que le nucléaire est précisément l’un de ces sujets cruciaux méritant plus ample réflexion. D’où ces déclarations et lois de principe virilement annoncées, mais ne débouchant généralement que sur du rien emballé de vide.

Bien sûr, il y a l’indépendance énergétique de la France, mais sans uranium, pas de nucléaire : cette « indépendance » n’est donc que de façade, puisque cet uranium doit être acheté à l’étranger. Puis, le problème des déchets – quelques milliers d’années avant de devenir inoffensifs, c’est une éternité ; et l’éternité, c’est long, surtout sur la fin –, mais il nous est également assuré que ces mêmes déchets peuvent encore resservir dans des centrales de nouvelle génération. Fort bien, c’est à voir, et qu’au moins l’on en parle.

Pour tout arranger, la légendaire transparence des instances nucléaires françaises, tellement douées pour la communication qu’elles donnent parfois, mais non sans raison, trop de grain à moudre aux complotistes et alarmistes de tous bords. Et là, histoire de clore en beauté, l’intensif lobbying parlementaire desdites instances. Ainsi, les députés Hervé Mariton (UMP) et Marc Goua (PS), auteurs d’un rapport parlementaire sur le sujet, affirment-ils que le démantèlement de la centrale de Fessenheim coûterait, au bas mot, cinq milliards d’euros « sans même commencer le démantèlement ». Chiffre que Ségolène Royal réfute avec d’autant plus de fermeté que près de 2.000 emplois seraient en jeu. Par les temps qui courent, temps de caisses vides et de plein-chômage, on peut comprendre… Le rapport, « au vu du contexte budgétaire contraint », préconise même le report de la fermeture de ladite centrale…

Pour superficiellement anecdotique qu’elle soit, cette « affaire » est néanmoins des plus révélatrices de notre monde : citoyens abandonnés à l’ignorance, incapacité du politique à décider et règne sans partage de tels ou tels lobbies aux raisons sociales des plus vagues. Triste réalité parfaitement transposable à d’autres instances, européennes comme mondiales. Ça, c’est sujet qui mériterait aussi plus longue et ample réflexion.

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