Livre

Péchés capitaux : Les sept impasses de la diplomatie française

de Le Club des Vingt

Journaliste, écrivain
 

Laurent Fabius quitte donc le Quai d’Orsay pour le Conseil constitutionnel. D’un château l’autre, comme aurait écrit l’un ; d’une sieste à un roupillon, comme aurait dit l’autre.

Foin de mauvais esprit. L’homme est en possession de tous ses esprits, la preuve par son CDD aux Affaires étrangères et ses brillants états de fin de carrière. Un dossier syrien traité avec la maestria qu’on sait ; et l’autre, iranien, rattrapé de près et de peu, par une Maison-Blanche ayant sommé la France de peut-être ne pas trop en faire dans le registre.

Plus sérieusement, le Club des Vingt, aréopage rassemblant la crème des anciens du Quai d’Orsay – dont Roland Dumas et Hubert Védrine, excusez du peu -, vient de signer un passionnant ouvrage intitulé Péchés capitaux : les sept impasses de la diplomatie française.

Une telle initiative n’est pas inédite : un autre bidule du même genre, prénommé « Marly », avait publié pareil brûlot tout aussi fracassant en 2011, en utilisant les ultimes arguments de ce qui demeure des derniers politiciens gaullo-mitterrandiens, de plus en plus isolés en leur propre pays. Pour résumer l’axe majeur du « machin », comme n’aurait sûrement pas dit le général de Gaulle : « La France semble avoir perdu l’indépendance et l’intelligence des situations qui lui donnaient un rôle à part. » Dans le genre jésuite, on ne saurait mieux faire ; mais il doit s’agir de la règle du genre.

C’est après, que le temps se couvre : « La peur croissante du changement et de l’avenir [a poussé] la France à devenir le meilleur élève de la classe atlantique, concurremment avec la servile Grande-Bretagne. » Dans la foulée : « La France n’a plus de politique russe et n’a même pas cherché à en définir une lorsque l’Union soviétique s’est effondrée. » Toujours plus fort quant au Kremlin : « Poutine n’est ni un saint ni le diable que prétend une certaine intelligentsia française qui, prompte naguère à s’émouvoir du sourire d’un Brejnev, le condamne hautement de ne pas être un démocrate selon leur façon. Il est un révisionniste pour lequel la disparition de l’URSS reste une humiliation et une frustration permanentes, arrivées par le comportement des Occidentaux, jugé par lui provocateur. »

Le verdict est sévère, mais plutôt juste et moins crétin que la moyenne.

Pour ce qui est de notre politique vis-à-vis de la Palestine et d’Israël, l’oraison est plus funèbre encore : « La politique française au Moyen-Orient manque à la fois d’objectifs, de visibilité et déroute la plupart de nos interlocuteurs arabes » ; ou de ce qu’il en reste, serions-nous tentés de conclure.

D’ailleurs, et ce en la circonstance, il n’y a pas grand-chose à ajouter. Jamais on n’avait eu une diplomatie élyséenne à ce point alignée sur celle de la Maison-Blanche, politique mise en œuvre – et c’est le comble – par ceux qui se réclament d’une invraisemblable et très rétrospective onction gaullienne.

Et puis, sachant qu’un article se voulant grave doit bien se conclure par une petite note d’humour, on notera que ces « Vingt » n’ont, à aucun moment, dans leur ouvrage, fait état de la COP21, pourtant bâton de maréchal de l’ex-plus jeune Premier ministre de France. Il est un fait qu’après avoir cloué sa politique au pilori, il n’était pas forcément chrétien d’en rajouter au réquisitoire des « Vingt »…

Pauvre Laurent Fabius qui, en 1986, assurait : « Jean-Marie Le Pen pose de bonnes questions, mais y apporte de mauvaises réponses… » La question peut aujourd’hui lui être retournée, lui qui posa si longtemps de mauvaises questions tout en leur apportant les pires réponses qui soient.

Pour un naze tel que l’auteur de ces lignes et ses lecteurs, ça aurait été direct le Pôle emploi. Pour un Laurent Fabius, le Conseil constitutionnel est un assez beau nonos à ronger. Avec plus de moelle que d’os, bien évidemment.

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