Washington et le mythe de la « Russie isolée »

Ecrivain
 

Le SPIEF (Saint Petersburg International Economic Forum) ouvre ses portes à Saint-Pétersbourg le 18 juin. Il rassemble soixante-treize nations. Il démontre, s’il en était besoin, l’impact mondial de cette belle cité (on ne va pas la comparer à Las Vegas, tout de même ?), l’intégration aussi de la Russie au « monde des affaires » et surtout au monde. L’importance des BRICS est même reconnue par un Occident jaloux et déphasé qui ne sait comment se féliciter d’avoir fait de la Russie un « pays isolé et condamné par tous sur la scène internationale ». Mais même au niveau européen, on ne peut pas dire que la rencontre de Vladimir Poutine avec le pape François, Renzi et Berlusconi – qui a demandé la fin des sanctions – puisse être perçue comme une démonstration de faiblesse et d’écrasement. Mais passons…

Sagesse de Dieu, folie du monde, dit saint Paul ; sagesse du monde, folie de l’Occident, pourrions-nous dire ici en rappelant aussi que la Russie se rapproche aussi de la Turquie ou de l’Égypte, sous les imprécations et les sarcasmes de la petite presse occidentale, plus tellement lue, mais tellement subventionnée…

Emmanuel Todd a rappelé que la Russie incarne un grand destin gaulliste qui permettrait à l’Europe d’échapper à l’étouffante emprise américaine ; et que c’est un pays fondamentalement égalitaire, ce qui nuit à l’emprise impériale et oligarchique de la société américaine qui a déteint sur nos élites antinationales.

Et les imprécations américaines n’ont pas empêché les faits suivants : l’Iran a été épargné, l’Amérique du Sud a retrouvé son indépendance et tonne avec Dilma Rousseff contre le modèle du Big Stick américain ; la Chine investit en Afrique et crée avec la Russie la sphère de coprospérité asiatique dont le vrai continent avait tant besoin. L’Occident américain, lui, se limite à la gesticulation militaire et à la théâtralité offusquée : et ce ne sont pas ses centaines d’experts ou de troufions qui changeront la donne en Asie centrale. Quant à ses prestations en Syrie, elles se limitent à la tartuferie coutumière…

En réalité, il est temps de le dire : ce n’est pas la Russie qui est isolée, c’est l’Europe occidentale. Ce petit cap de l’Asie, disait notre cher Valéry, vieillit, s’appauvrit, laisse échapper sa chance de contribuer à la grande aventure eurasiatique pour obéir à son tireur de ficelles américain. La Russie conquiert le monde avec la Chine, dans une libre communauté de nations, laissant aux esclaves de l’oncle Tom le soin de péricliter dans l’endettement, la paranoïa et les émeutes raciales.

Ma conclusion ne sera pas optimiste. Il y a cinquante ans, Enoch Powell prônait un rapprochement de l’Europe et de la Russie, ainsi qu’une surveillance de nos frontières au sud. Voyez où nous en sommes, avec l’OTAN et le Congrès américain (pire qu’Obama) qui veulent la guerre à l’est et l’invasion au sud.

Pour se remonter le moral, on rappellera les courageuses et lucides prises de position des Fillon, Giscard, Schröder ou Schmidt. Mais eux ne sont plus au pouvoir. Juppé y sera.

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