Editoriaux - Politique - 26 décembre 2018

Nicolas Sarkozy au secours d’Emmanuel Macron : qui se ressemble s’assemble ?

Le site d’information Mediapart a révélé, le 19 décembre dernier, l’alliance qui lie le Président Macron, son ex-homme de main Alexandre (Marouane) Benalla, l’ancien Président Nicolas Sarkozy (2007-2012) et un certain Alexandre Djouhri. Un récent article de L’Express du 13 décembre a fait état de la présence de Djouhri au domicile de l’ambassadeur de France à Alger lors de la visite officielle du président de la République dans le pays. Le sulfureux homme d’affaires franco-algérien, visé pourtant par plusieurs enquêtes (dont celle du financement occulte de la première campagne présidentielle de Sarkozy en 2007), y aurait été invité, selon Le Canard enchaîné, par Maurice Gourdault-Montagne, secrétaire général du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Alexandre (Ahmed) Djouhri est un porteur d’attaché-cases dont les activités sont celles d’un Ziad Takieddine ou d’un Robert Bourgi (tous deux franco-libanais), des enfants de la Françafrique de Jacques Foccart. La Macronie serait une nouvelle Sarkozie.

Comme l’explique Le Journal du dimanche du 20 décembre, le jeune Président s’est directement adressé à Sarkozy car paniqué par la crise des gilets jaunes. L’ancien chef de l’État aurait murmuré à l’oreille de Jupiter l’idée, entre autres, d’augmenter (très artificiellement) de cent euros le salaire minimum et de défiscaliser les heures supplémentaires. Sur le plan idéologique, rien d’étonnant de voir « la droite d’argent » fricoter avec son alter ego : « la gauche caviar ». Manifestement, qui se ressemble s’assemble. Pis encore : Sarkozy, qui se targue d’être proche de l’émir du Qatar et l’ami de Nasser Al-Khelaïfi (président du beIN Media Group ainsi que du Paris Saint-Germain Football Club), a sciemment fait entrer le loup salafisto-lobbyiste dans la bergerie française.

Sarkozy, c’est d’abord un énième traître de la cause nationale. En 2007, il avait habilement fondé un triumvirat constitué d’Alain Minc (l’ancien inspecteur général des finances, comme Macron en son temps, habite les arcanes du pouvoir depuis les années 80), d’Henri Guaino (ancien haut fonctionnaire défendant une ligne gaulliste sociale) et de Patrick Buisson (essayiste d’inspiration maurassienne). Beaucoup ont cru naïvement que les deux derniers mettraient sous cloche le premier. Grave erreur ! Alain Minc est toujours là avec d’autres pour faire appliquer un cahier des charges européiste. Dans ce cas, la démocratie devrait-elle être, en France, un jeu politique dans lequel Minc, comme d’autres, gagne toujours ?

Sarkozy et ses amis portent tous l’anneau de Gygès dont parle Platon dans le livre II de La République : un anneau qui rend invisible, permettant alors de réaliser n’importe quelle combine en toute impunité. Ce dont Platon tire une précieuse leçon : « Tous les hommes croient que l’injustice leur est beaucoup plus avantageuse individuellement que la justice. » Quoi qu’il en soit, il y a bien des invisibles qui gagnent et d’autres qui perdent. Ceux qui, précisément, ont conscience de perdre comprennent qu’ils vivent dans la République du « pas vu, pas pris ». En attendant, la souveraineté du peuple, comme sujet de la nation, aura bien des difficultés à renverser cette association de bienfaiteurs… La convergence des luttes entre la droite nationale et la gauche sociale, qui explose actuellement dans les écrans, n’est pas due au hasard. Une majorité silencieuse n’arrive manifestement plus à supporter la sempiternelle alliance entre la droite libérale et la gauche sociétale, alliance dont les représentants ressemblent à des intouchables…

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