Et Neymar s’en est ému…

 

L’arrivée messianique du joueur de football Neymar a pu être suivie, minute après minute, sur toutes nos chaînes d’information. Il s’agit, à mon sens, d’un cas d’école de l’étiquette postmoderne. Tout a été fait dans les formes, les formes si pures de notre XXIe siècle.

Il a d’abord eu droit à « un accueil de chef d’État », disait France Info vendredi dernier. Un accueil jupitérien pour un sportif presque olympique. Jugeons plutôt : devant un parterre de petites racailles aux cheveux ras, de petites demoiselles en mini-vêtements, de beaufs de la vieille école, toutes-et-tous hurlant.e.s, le long de l’un de ces tapis rouges métaphoriques qui accueillent nos modernes altesses, à la sortie d’un « megastore » (nos nouveaux Parthénon), l’empereur du jour paraît. Peroxydé de frais, tempes rases et nuque longue, vêtu de son nouveau maillot, il répond d’un sourire bête et suffisant aux vivats de la foule, toujours partante pour un nouveau culte de la personnalité. Nuée de photographes dans les vapeurs des fumigènes, ou quand Leni Riefenstahl rencontre Thierry Roland.

Une conférence de presse qu’on n’aurait pas organisée pour la reine d’Angleterre accompagnait cette superbe montée de liesse populaire. Au cours de cette présentation, Neymar Jr., si brillant dans l’aphorisme, si sympathique et si percutant qu’on en féliciterait Neymar Sr., assura que l’argent (220 millions, tout de même, soit quelques paquets de clopes à dix euros) n’avait aucune espèce d’importance et qu’il était venu au Paris Saint-Germain pour relever des défis. Cerise sur le McDo, dans cette marée noire de bon goût, de grandeur et de simplicité, la tour Eiffel s’illumina nuitamment d’un majestueux « Bienvenue à Neymar Jr. » – retweeté, selon l’usage en cours dans la gentry cosmopolite de 2017, par l’intéressé sous le titre « ça ces’t Paris » (sic). Je ne crois pas qu’un fan ait relevé l’erreur de placement de l’apostrophe.

Dans Au plaisir de Dieu, Jean d’Ormesson fait dire au grand-père du narrateur que seuls les aristocrates, les juifs et les pianistes (je crois, ou sont-ce les violonistes ?) n’ont pas de patrie. Il ne connaissait pas les footballeurs, qui se vendent au plus offrant pour taper dans la baballe ; il ne connaissait pas les supporters, que la vue d’un cercueil drapé de tricolore sur le pont Alexandre-III fait bâiller, mais qui fondent en larmes pour un corner de leur équipe. Heureux homme, qui vivait à une époque où il y avait du cosmopolitisme parce qu’il n’y avait pas de mondialisation, qui n’avait pas connu le moment où le capitalisme, la ferveur devant le néant, l’apatridie face au marché se rencontrent et provoquent un éclair irréel.

En considérant Neymar comme une idole et son arrivée comme un présage venu du Ciel, il ne s’agit plus de prendre des vessies pour des lanternes, c’est bien plus grandiose. Il s’agit de considérer les latrines comme des arènes, et la diarrhée comme un feu d’artifice. Nous en sommes là, tous ces gens votent, et quant à moi, je vais boire un gin tonic (avant qu’on interdise l’alcool) et lire un bouquin (avant qu’on interdise les livres papier) au bord d’une piscine (avant qu’on ne la réquisitionne pour éviter le street-pooling). Non sans un sourire en jetant un coup d’œil à l’ordo de la semaine : deux jours après l’arrivée de Neymar, c’était la Transfiguration. On n’aurait pas allumé la tour Eiffel pour Jésus.

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