Editoriaux - Le débat - Politique - Réflexions - 24 juillet 2018

Ne touchons pas à la Constitution !

L’affaire Benalla est un grand moment de vérité sur nos institutions, tant les contradictions qu’elle suscite entre leurs représentants révèlent combien le mensonge, le secret, la dissimulation, l’hypocrisie des personnes, le déguisement des propos sont inscrits dans leur fonctionnement. La République, l’État de droit sans cesse invoqués, c’est donc ce système où n’importe qui, avec l’onction présidentielle, peut outrepasser la loi et contourner ceux qui, à différents échelons, doivent l’incarner.

D’audition en audition devant les parlementaires, les hauts fonctionnaires comme le ministre de l’Intérieur braquent les projecteurs sur l’Élysée, et sur les privilèges de ceux qui y séjournent, qu’ils soient élus ou désignés souverainement par les « Présidents ». Cette crise sans précédent fait apparaître deux paradoxes : d’abord, Emmanuel Macron, qui avait été élu pour purifier nos institutions, est à l’origine d’une ténébreuse affaire dans laquelle un proche dénué de tout titre ou mérite détenait des pouvoirs occultes du seul fait de sa proximité avec le Président (il disposait, par exemple, des clés de sa résidence personnelle au Touquet !). Toutes les autorités légales courbaient l’échine devant lui du seul fait de l’onction du monarque. En second lieu, M. Macron souhaitait réformer la Constitution au profit de l’exécutif présidentiel, et au détriment du Parlement.

L’affaire Benalla montre que cette intention est un contresens dangereux et que l’affaiblissement des Assemblées comme le renforcement de la présidence sont des menaces gravissimes à l’encontre de ce qui reste d’une démocratie française déjà bien malade.

La réforme constitutionnelle est donc ajournée jusqu’à la rentrée. Ce report doit être l’occasion, pour les Français, d’en mesurer le risque et de prendre conscience de la manipulation éhontée dont ils sont les victimes depuis « l’affaire Fillon » montée avec succès pour faire élire M. Macron.

Dans un État de droit, une démocratie parlementaire, qu’elle soit d’ailleurs une monarchie ou une république, on ne doit toucher à la Loi fondamentale, à la Constitution, que d’une main tremblante.

En 2017, M. Macron et, à sa suite, la bande hétéroclite des députés macroniens ont été élus sur fond d’antiparlementarisme. Il ne faut pas oublier que ce représentant caricatural de la haute administration et du monde des affaires, qui dénonce le « populisme » à tout bout de champ, a gagné l’Élysée porté par le réflexe « populiste » le plus contestable qui soit : la méfiance mélangée d’envie à l’encontre des privilèges des parlementaires, et notamment des députés, qui sont pourtant les élus les plus proches du peuple à participer au fonctionnement de l’État.

La Ve République a voulu remédier aux défauts de la République précédente, où le gouvernement était à la merci des remous d’une Chambre des députés issue d’un vote proportionnel. Elle a ainsi privilégié l’exécutif, tout en permettant à l’Assemblée nationale de renverser le gouvernement et au président de la République de dissoudre l’Assemblée en donnant le dernier mot au peuple. Le quinquennat a altéré profondément cet équilibre puisque les députés sont élus dans la foulée de l’élection présidentielle. C’est ainsi qu’a été élue la majorité actuelle, qui est composée de rescapés socialistes, de transfuges « de droite » et d’une masse d’élus inconnus de leurs électeurs, sans racines et sans expérience.

La diminution du nombre des députés va rendre impossible l’enracinement des parlementaires en raison de l’étendue de leurs circonscriptions et, notamment, parce que 61 sur 404 seront élus au scrutin proportionnel. Ils seront comme les « députés européens » hors-sol, et choisis dans le copinage malsain des partis. Autrement dit, la réforme constitutionnelle va ériger en système la dérive que la crise actuelle met en pleine lumière : le pouvoir personnel du prince et de ses « amis » !

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