Économie

Natixis dixit : capitalisme, Apocalypse Now ?

Journaliste, écrivain
 

À force d’annoncer des catastrophes qui jamais ne viennent, les prophètes de malheur ne sont plus guère entendus. On a froid tandis que le climat se réchauffe. Le niveau de vie baisse et la croissance augmente. On vit plus longtemps en se suicidant de plus en plus tôt. Ainsi va le monde. Il paraît qu’il n’y a pas le choix. « There is no other way », assurait naguère Margaret Thatcher.

L’actualité, pourtant, peut se révéler malicieuse. Ainsi, un certain Patrick Artus, responsable des études économiques à la banque Natixis, prédit-il, fort de sa lecture du Capital de Karl Marx, rien de moins que la fin du capitalisme à plus ou moins long terme. Qu’on se comprenne bien : ce n’est pas celle de la liberté d’entreprendre dont il annonce la disparition, mais seulement celle du capitalisme. Et non point de ce que ce dernier est devenu, mais de ce qu’il est en substance. La nuance n’est pas anodine.

Pour survivre, écrivait Karl Marx, le capitalisme est condamné à s’étendre en permanence, condamné de fait à s’effondrer sous son propre poids, sachant que l’univers n’est pas extensible à l’infini et qu’on ne saurait toujours s’enrichir davantage, surtout lorsqu’une masse grandissante de Terriens s’appauvrit en proportion. L’histoire du capitalisme se résume souvent en des crises qui lui sont propres et généralement suivies de guerres – krach de 1929, conflit de 1939-1945, pour ne citer que la plus fameuse de ces déflagrations.

Fort de ce constat et de ces analyses marxiennes – vocable à différencier du marxisme politique, autre nuance –, Patrick Artus analyse la situation en trois points. Une : la baisse de l’efficacité des entreprises, laquelle implique celle du rendement de leur capital. Deux : pour compenser ce manque, elles tentent de maintenir leurs bénéfices en réduisant le coût dévolu aux salaires. Trois : quand ces derniers tendent à diminuer plus que de raison, il faut alors compenser en se lançant dans le casino spéculatif ; d’où des crises de plus violentes et de plus en plus rapprochées.

Pour tout arranger, la mondialisation, voulue par les acteurs de ce même capitalisme, ne facilite pas les choses, sachant qu’à ce jeu, il y aura toujours des pays dont les peuples n’auront pas d’autre choix, un temps tout au moins, que de travailler plus pour gagner moins. Avant de rejoindre la grande ronde des pays exploiteurs d’antan : il y a belle lurette que la Chine n’est plus l’usine du monde, qu’elle n’est plus communiste, tout en n’étant pas devenue capitaliste au sens entendu par certains…

Ajoutez à cela des ressources dont on sait bien qu’elles ne sont pas inépuisables par nature et l’on comprend qu’une économie fondée sur une expansion infinie ne peut que se heurter que sur un univers fini. C’est l’hubris, la démesure de ces hommes qui, ayant oublié le sens de la mesure, ne tardent pas à s’attirer la vengeance des dieux.

« Comment faire autrement » et « On ne connaît pas d’autre système », phrases généralement assenées aux sceptiques de tous bords. Il fut néanmoins un temps pas si lointain durant lequel les sociétés fonctionnaient autrement. Sur trois ordres, généralement, quels que soient les siècles et les latitudes. Existaient alors le soldat, le prêtre et le paysan. Le premier protégeait les deux autres. Le second veillait au salut du premier et du troisième. Le troisième nourrissait le tout. Certaines nations fonctionnent encore peu ou prou sur ce modèle : la Russie ou l’Iran, pour ne citer que ces deux exemples de géants économiques et politiques en devenir…

Songez que, chez les Grecs anciens, il n’y avait pas de véritable mot pour définir un « commerçant », au sens contemporain du terme. Certes, le pêcheur vendait son poisson au citadin, mais l’intermédiaire n’existait pas. L’intermédiaire ? Celui qui fait de l’argent sur de l’argent. Qui prend son pourcentage sur des produits qu’il n’a pas produits. C’est à cette caste de parasites que nous devons en grande partie le monde qui nous entoure. Parasites qui se font fort de le gérer au nom de la « bonne gouvernance ». Avant de le mener à sa perte ?

En tout cas, c’est un des cerveaux les plus brillants d’une des banques les plus mondialisées qui l’affirme.

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