Editoriaux - Justice - Politique - 5 juillet 2018

Nantes : du brassage d’air en guise de solution

Dans le cadre de la gouvernance à coups de déclarations creuses, les événements nantais ont, comme il se doit, amené quelque ministre, maire ou préfet à délivrer son message devant les journalistes de BFM TV, très intéressés par l’effet ventilateur de ces interventions.

Gérard Collomb allait-il approuver ou condamner les violences suscitées par la mort de ce jeune homme de 22 ans ? Au terme d’une attente de plusieurs heures sous un soleil de plomb, la sentence est tombée, tranchante comme un couperet : il les condamnait ! Et fermement. Branle-bas de combat dans les rédactions : le ministre désapprouve que des jeunes brûlent des voitures et jettent des boules de pétanque sur les CRS. Quel homme ! Quelle audace ! Ne va-t-il pas trop loin ? se demandait Yves Calvi.

Dans un élan de solidarité, le tandem ministre de la Justice/maire de Nantes lançait un téméraire appel au calme, immédiatement suivi d’une absence totale de retombées sur le terrain. Le point zéro de l’impact sur une cible était atteint. Authentique trou noir du positionnement politique salué comme il se doit par BFM TV, qui invitait pour l’occasion un spécialiste en indifférence.

« L’État de droit sera assuré », « nous condamnons avec la plus grande fermeté », « une riposte républicaine s’impose » « j’assume pleinement », le catalogue des fadaises débitées lors événements dramatiques ou de troubles divers se renouvelle peu. Que dire qui fasse oublier les faibles résultats ? Condamner… Oui. « Ah, c’est pas bien. Ah, que je suis indigné ! Regardez-moi dans mon bel air grave. » Le pauvre ministre fait tellement de peine. Pourvu qu’il ne nous fasse pas une dépression ! Ici et là, des téléspectateurs entrent en empathie avec celui censé gérer la situation efficacement. Sa mine défaite, son air détruit mais résolu. De quoi parlait-il, exactement ?

Au fil des années, les tenants du pouvoir se sont mués en commentateurs d’événements. Émission de vœux pieux, vaines recommandations, appels naïfs, postures de comptoir, le tout agrémenté d’un étalage de symboles gratuits, d’extinctions de tour Eiffel, de lâchers de ballons censés apporter la paix sur le monde dans les meilleurs délais. De l’incantation en guise d’action. Ministres marabouts, désenvoûtement, ta femme revient, la France va bien, nous n’avons pas la situation en main mais presque. Sans surprise, à Nantes comme ailleurs, ces brassages d’air passent et s’en vont comme ils sont venus. Dans l’indifférence générale.

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