Nadia, Éliane et le cardinal : quand les religieux parlent politique

Avocat
 

Nadia et Éliane sont deux religieuses de Vendée. En civil, bien entendu, la soixantaine dépassée, elles sont sympathiques d’emblée parce qu’elles roulent dans une antique 2 CV qui ne veut pas démarrer. Une fois dans la voiture – sans la ridicule cornette chère aux amateurs de Louis de Funès -, elles sont interrogées par Le Parisien. Thème : l’élection présidentielle. Le propos est souriant, inodore et sans saveur. Et surtout terriblement conforme à ce qu’il faut penser dans notre monde contemporain.

Éliane et Nadia pensent donc que le futur Président doit s’attaquer au sujet des migrants, pour qu’on puisse tous les accueillir plutôt que de les laisser mourir dans la Méditerranée. Nous n’en saurons pas plus. Elles récusent les extrêmes. Il n’est pas certain qu’elles connaissent Philippe Poutou ou Nathalie Arthaud, mais Marine Le Pen est la cible de leur propos. « Ce n’est pas un vote qui va aller pour la vie de notre pays et pour la vie de chacun, c’est clair.

C’est un vote qui enferme et qui va vers une société un peu de mort. » Là encore, nous n’en saurons pas plus. La faiblesse de la réflexion est telle qu’on se demande si ces deux bonnes religieuses expriment une conviction personnelle ou répètent bêtement ce qu’elles entendent au journal de 20 h.

À l’autre bout de la hiérarchie catholique, le cardinal Parolin, secrétaire d’État du Vatican, donne un entretien à La Stampa qui présente beaucoup plus d’intérêt. À la veille du soixantième anniversaire du traité de Rome, il revient sur l’esprit qui animait les dirigeants européens de l’époque et rappelle « à quel point le patrimoine chrétien était perçu alors comme un élément fondamental sur lequel construire la communauté économique européenne ». Il a tellement raison que ce drapeau bleu étoilé, qui signifie aujourd’hui la prééminence de la technocratie bruxelloise, est à l’origine un symbole profondément chrétien : il représente, dans la tradition chrétienne, la couronne d’étoiles dont le Christ a coiffé la Vierge Marie après son Assomption…

Le cardinal va plus loin : depuis soixante ans, on a cherché à « reléguer toujours plus le christianisme dans la sphère privée ». De ce fait, il a fallu rechercher « d’autres dénominateurs communs, plus concrets en apparence, mais qui ont conduit à des sociétés de plus en plus fragmentées et à une perte des valeurs ». Et de pointer le terrorisme fondamentaliste.

Qui lui donnerait tort ? La nature a horreur du vide. Chassez le christianisme, vous aurez l’islam. « Les jeunes pâtissent dramatiquement des conséquences de ce vide : ne trouvant pas de réponses à leurs quêtes légitimes du sens de la vie, ils cherchent des substituts », ajoute-t-il. Mais – car il y a un mais – pourquoi ne pas aller jusqu’au bout du raisonnement ? Comment concilier un soutien presque inconditionnel de l’Église à une « Europe » toujours considérée comme un bien en soi – ce que nos deux bonnes sœurs disent à leur manière en craignant l’enfermement – et un constat lucide sur le vide spirituel sidéral d’une société de consommation dont les institutions européennes sont la fin et le moyen ?

Le cardinal nous dit que le terrorisme doit être combattu « pour rendre à l’Europe, et à l’Occident en général, cette âme perdue dans les fastes de la société de consommation ». Et si c’était exactement le contraire ? Rendre à l’Europe son âme pour combattre le terrorisme ? Le journaliste du Parisien pourrait poser la question à Nadia et Éliane.

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