« Pourquoi n’a-t-on pas autorisé les militaires Sentinelle à intervenir alors qu’ils étaient pointés devant le Bataclan ? »

Des familles de victimes de l’attentat du Bataclan ont décidé de porter plainte contre X pour non-assistance à personne en péril.

Leur avocat, Me Samia Maktouf, explique au micro de Boulevard Voltaire les raisons de ce dépôt de plainte.

Vous représentez certaines familles de victimes du Bataclan. Vous avez décidé de porter plainte contre X pour non-assistance à personne en péril dans l’attentat qui a frappé le Bataclan.
Pourquoi avoir pris cette décision ?

Mes clients, les victimes, les survivants et les familles sont dans un véritable désarroi. Ils ne comprennent pas pourquoi on n’a pas autorisé les militaires de Sentinelle à intervenir alors qu’ils étaient quatre devants et quatre derrière.

C’était effectivement la polémique qui avait éclaté à l’époque. Il avait été rétorqué qu’il n’y avait pas eu d’ordres donnés dans ce sens.
En savez-vous un peu plus ?

Je ne peux pas savoir tant qu’une instruction n’a pas été ouverte et qu’elle n’a pas été confiée à un juge d’instruction pour enquêter. Ce qui taraude aujourd’hui mes clients est de savoir pourquoi on n’a pas demandé aux huit militaires de l’opération Sentinelle présents devant le théâtre d’intervenir pour tenter de neutraliser les terroristes.

Vos clients veulent des réponses. Cela fait trois ans et cette affaire commence à durer.

Nous n’avons pas attendu trois ans. Cela fait depuis un long moment que nous essayons d’avoir des réponses avec les magistrats instructeurs en charge de cette affaire. Nous n’avons malheureusement pas eu de retour. Je rappelle que plusieurs de mes confrères, dont un confrère de Reims, avaient fait une demande d’acte pour obtenir des réponses précises concernant cet ordre donné ou pas. Nous n’avons jamais eu de réponse.
Le temps n’atténue rien. Nous continuerons, car les familles veulent comprendre et savoir. C’est un drame qui a touché toutes les franges de la société française. Nous attendons une réponse de la Justice en qui nous avons entièrement confiance.

Est-ce devant l’absence de réponse que vous avez décidé de « monter d’un cran » ?

Tout à fait. Nous avons avec plusieurs confrères et à plusieurs reprises posé des questions que ce soit lors des réunions organisées par les magistrats ou que ce soit par écrit. Nous n’avons jamais eu de réponses.
Ce qui nous a permis de monter d’un cran, est la réponse très surprenante donnée par le gouverneur militaire de Paris, le Général Bruno Le Ray lors de la commission parlementaire menée par monsieur Georges Fénech, ancien magistrat.
Sa réponse a été : « il est impensable de mettre des soldats en danger dans l’espoir hypothétique de sauver d’autres personnes ».
L’espoir n’était pas hypothétique, puisqu’il y avait 90 morts. Nos soldats, nos militaires et notre Armée qui constituent notre fierté ont toujours été dévoués pour sauver, sécuriser et porter l’assistance nécessaire aux citoyens.
Ces paroles ont beaucoup choqué mes clients.

Les militaires de l’opération Sentinelle dépendent-ils de la préfecture de police ?

Oui, c’est le cas en temps de paix. On ne peut pas parler de guerre, mais ce terme revient dans la bouche des politiques. Pour que la France soit en état de guerre, il faut que le Parlement intervienne et vote.
Nous sommes certes en état de guerre contre les terrorismes, mais fort heureusement la France est en état de paix est resté un État de droit. C’est un drame que nous ne pouvions pas prévoir et anticiper.
Je suis sur les dossiers terroristes depuis 2012 et malheureusement nous attendons toujours pour intervenir et faire changer les pratiques.
Pour parler des attentats perpétrés par Mohammed Merah en 2012, il a fallu attendre 2015 pour prendre conscience du danger terroriste.
Aujourd’hui, je suis la voix de mes clients. Nous ne cherchons pas à faire tomber des têtes. Ce n’est pas ce qui intéresse mes clients, car rien ne fera revenir leurs enfants. En revanche, si nous évitons que d’autres innocents tombent, nous aurons gagné la bataille.

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