Blog - Editoriaux - Politique - 25 février 2016

Le mystère Trump élucidé : il viole les foules

« Ne serait-il pas plus simple alors pour le gouvernement de dissoudre le peuple et d’en élire un autre ? » 1

Ainsi va le sort des peuples réfractaires à la raison : on les remplace…

Mais comment donc fait Trump pour réussir dans le marché de la restauration ? Celui du droit caduc des peuples à disposer d’eux-mêmes ? Bref, celui de la dissidence ?

Mystère élucidé : il hypnotise. Scott Adams, le satiriste créateur de Dilbert, personnage décalé de l’univers bureautique américain, et lui-même hypnotiseur confirmé, le confirme. Analyse ou intox ?

Le 13 août, bien avant les premiers succès électoraux de Trump, Adams émettait dans son blog les hypothèses suivantes : « Comme beaucoup, j’ai été amusé par l’irrésistible train clownesque conduit par Donald Trump. En surface, et profondément, Trump serait un tape-dur narcissique ne disposant d’aucune qualification pour diriger un pays. Cette analyse souffre d’un problème : la constance, à ce jour, de son succès. Y a-t-il une méthode là-dedans ? Une sorte de système sous le capot ? »

Il poursuivait : « [Voici] quelques-uns des procédés d’hypnose et de persuasion que M. Trump a utilisés sur vous… Nous savons que la négociation, la persuasion et l’hypnose ont une boîte à outils commune… » Par exemple l’engagement psychologique précédant l’achat, le “think past the sale” : « Trump a seriné qu’il vaut 10 milliards de dollars. Les critiques objectent que c’est moins (mais c’est quand même des milliards !). » Autrement dit, volens nolens, il ancre dans l’esprit l’idée que « Donald Trump est un entrepreneur à succès qui dirige un vaste empire, fruit direct de ses actions », le montant de sa fortune n’a ici plus d’importance, « mais je vais me souvenir du montant de 10 milliards… c’est gros… c’est un chiffre rond ». Et ça résonne avec son slogan de grandeur collective : “Make America Great Again!” Autres techniques de persuasion : la répétition massive, la déflexion et l’étiquetage (“branding”) de l’adversaire.

Sur ce dernier thème, Scott Adams apporte le 22 février des précisions intéressantes sur CNN : Trump s’est construit une image non politiquement correcte « qui lui permet de dire ce qu’il veut » ; son vocabulaire est « celui d’un bon élève de 9 ans, avec des mots neufs, non pollués », ses flèches linguistiques « collent » car elles sont primaires et « souvent visuelles » : tout le monde se souviendra pendant des années que Rosie O’Donnell « dévore comme une truie », que « Marco Rubio transpire constamment », que Carly Fiorina a « cette tête », que le débonnaire Jeb Bush « n’a pas d’énergie », que Ted Cruz est « un menteur et un tricheur ». Précision importante : « il ne s’attaque qu’à ceux qui le combattent », ce qui lui assure la complicité du public…

Aussi Adams lance un avertissement aux démocrates qui sous-estiment Trump. Il va gagner, fort de son outillage : une intelligence « brute », le sens du business, ses talents oratoires, son vocabulaire de certificat d’études, sa résistance réelle à la critique, sa capacité de contre-attaque, son sens de l’humour, sa capacité à négocier et influencer, son talent pour choisir ses batailles, son sens de la stratégie… et l’impression qu’il projette de respecter le peuple de base.

Ce peuple pas raisonnable qui rejette la dissolution.

Il est donc temps de stopper Trump. CQFD…

Notes:

  1. Bertolt Brecht, au sujet de l’insurrection de Berlin-Est en 1953
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