Mouvements sécessionnistes en Europe et aux États-Unis

Docteur en science politique et essayiste
 

La majorité en faveur du « non » au référendum écossais, le 18 septembre, est une victoire à la Pyrrhus pour Westminster. En effet, les partis conservateurs, libéraux et travaillistes avaient promis une « devo-max » (une méga-régionalisation) à l’Écosse, dans une déclaration commune, à condition de rester dans le giron britannique. La défaite du parti indépendantiste écossais (le SNP) a semblé fermer la porte de la sécession. (Cependant, des cas de fraudes ont été relevés durant ce référendum.) En fait, les promesses des dirigeants politiques britanniques à l’Écosse ne peuvent s’accomplir qu’en accordant les mêmes droits d’autonomie politique et fiscale à l’Irlande du Nord, au pays de Galles et à l’Angleterre. La boîte de Pandore est ouverte.

Les députés écossais présents à Westminster votent sur des sujets concernant l’Angleterre. La réciprocité n’existe pas pour les députés anglais à l’égard de l’Écosse. Le Premier ministre veut établir une scission constitutionnelle permettant à chaque député élu du pays (Angleterre, Écosse, pays de Galles et Irlande du Nord) de voter uniquement pour les affaires propres à sa nation. Une telle mesure consterne les travaillistes qui, avec l’appoint de 40 députés écossais du Labour, ne pourraient plus obtenir la majorité lors des élections, en particulier celle de mai 2015. Les profondes réticences du Parti travailliste font monter la tension en Écosse au point que les dirigeants du SNP brandissent la menace de proclamer une indépendance unilatérale.

Le travail de sape de l’Union européenne, imposant des mesures fédéralistes et ethno-régionalistes, structure le mental des peuples. Inexorablement, cela ne fait qu’aviver les rapports entre les quatre nations constituant le bien fragile Royaume-Uni. Le zoologue Konrad Lorenz, spécialiste de l’éthologie (science du comportement), désignait ce phénomène d’imposition d’un modèle par l’expression « principe d’imprégnation ». Dans le cas d’une fédéralisation complète du pays, les nations composant l’ensemble britannique seraient psychologiquement prêtes pour passer à la vitesse supérieure : l’indépendance totale.

Ce phénomène est général en Europe, notamment en Catalogne.

Son président, Artur Mas, a fait adopter un texte par 106 voix contre 28 permettant le lancement d’un référendum pour le 9 novembre. Cette action est résolument combattue par Madrid… pour combien de temps ? Même les régions purement technocratiques comme « Rhône-Alpes » ou « Centre », traitant continûment avec Bruxelles aux dépens des États, échappent de plus en plus à l’autorité nationale. Il est vrai, aussi, que les Fonds structurels (manne financière) distribués par Bruxelles aux régions de 2014 à 2020 ­— 350 milliards d’euros — font baver d’envie tous les féodaux des régions d’Europe. Il faut s’attendre à des politiques sociales régressives en tout genre entre régions : création de salaires régionaux de plus en plus réduits et des remboursements de médicaments à la baisse et/ou annulés. En effet, dans le cadre d’un marché transatlantique, les multinationales sauront faire jouer les rivalités entre régions en liaison avec Bruxelles afin d’obtenir les conditions les plus avantageuses à leurs ambitions. Les peuples et leurs langues régionales seront méchamment tondus.

Cette situation de décomposition des États européens est similaire aux États-Unis. Elle avait déjà été annoncée par des visionnaires comme Leopold Kohr dans les années 1950 1. Récemment, un rapport de Reuters a présenté un document révélant les velléités d’indépendance des États fédérés composant les États-Unis. On peut relever des similitudes entre ce document présentant les scissions territoriales et le livre de Kohr. Ainsi, près d’un Américain sur quatre tournerait le dos à l’État fédéral. La montée en puissance d’une « Communauté nord-américaine » succédant à l’ALENA – lancée dans les années 2000 et comprenant les États-Unis, le Canada et le Mexique – vide de leurs substances ces États. La déliquescence de l’autorité étatique, incapable d’établir la sécurité, la prospérité et la justice, pousse ces États fédérés des États-Unis et du Canada ainsi que toutes les régions de l’Union européenne à se gérer eux-mêmes dans un cadre supranational grandissant. Comme au temps de la féodalité en l’an mil, les peuples mus par leur instinct de survie recherchent confusément une plus grande sécurité dans un cadre régional qui, en fait, a été directement concocté par le système. Cette évolution ne peut que combler de bonheur la finance apatride et son clergé.

Notes:

  1. Voir Carte des Etats-Unis décomposés [PDF], Source : Leopold Kohr, Green Books, Dartington Space, 2001.
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