12 avril 2018

Comment le mouvement étudiant fait le jeu du gouvernement

Voici près de deux semaines qu’une grève touche certaines universités françaises. Quand l’UNI a essayé de demander de faire cesser l’occupation, les grévistes ont été protégés par la Justice et par la police. On peut se demander pourquoi les autorités n’ont pas profité de l’occasion pour faire preuve de rigueur et sortir vainqueur de conflit. Les médias n’ayant pas relayé assez leurs messages, ils ont lancé leur propre média, qui laisse apparaître leurs revendications saugrenues. On précise qu’ils combattent une réforme qui tend à imposer, par exemple, une sélection à l’entrée à l’université (c’est important pour la suite).

Leurs revendications sont donc d’arrêter la méritocratie, et que chaque étudiant ait la moyenne quels que soient ses résultats, la gratuité de l’université (de mémoire, l’inscription dans les universités françaises est de moins de 10 €, auxquels s’ajoutent d’autres frais, comme la Sécurité sociale étudiante, qui est le principal coût avec environ 300 €, les autres étant variables en fonction des universités), le refus des « savoirs institutionnels » – les étudiants devant créer leur propre savoir. Cette occupation s’accompagne de saccages, de mises en scène complètement ridicules, dont le chien Guevara est devenu le protagoniste.

Quelle sera donc la réaction du citoyen contribuable qui découvre cette situation ? Il y a fort à parier qu’il deviendra convaincu que la sélection est plus que jamais nécessaire. Comment, en effet, peut-on laisser des « étudiants », dont l’imbécillité est aussi évidente, continuer à coûter à la société en s’orientant dans les filières les plus longues, qui sont censées accueillir une forme d’élite intellectuelle ? Leur mouvement permet donc, non pas d’empêcher la réforme, mais de la promouvoir, ce qui doit expliquer la protection dont le mouvement bénéficie aussi bien de la part de la police que de celle de la Justice.

Pourtant, qu’il était beau, notre système universitaire ! C’est un système qui laisse sa chance à chacun. Peu importe que vous ayez été un cancre ou une flèche au lycée, les pendules étaient remises à 0. Le modèle de l’université est tellement différent de celui du lycée que même les résultats du bac ne changent rien ! Une personne ayant eu son bac à l’oral dans un lycée poubelle pourra mieux réussir qu’une personne l’ayant eu avec mention dans un lycée privé ! En effet, ce qui compte, c’est la discipline et l’autonomie ! Tu travailles à ton rythme durant le semestre (ou quadrimestre), l’important étant d’être au point pour l’examen ! Il faut de soi-même se lever, aller en cours, les réviser selon ses besoins ! Certains critiquent le trop grand nombre de personnes qui « décrochent » de l’université… Ceci est une vision faussée : nous avons affaire à des personnes qui n’ont pas « accroché » à l’université !

Comment, alors, organiser l’université pour qu’elle soit plus efficace ? Il ne faudrait pas une sélection à l’entrée, à part peut-être dans les filières à faibles débouchés, où l’on ne sélectionnerait pas sur les résultats précédents mais sur l’adéquation du projet et le potentiel d’adaptation à la faculté. La sélection devrait avoir lieu en sortie de semestre, avec un contrôle des connaissances acquises ; on pourrait nommer cela un « examen partiel ». Pour les personnes n’arrivant pas à s’adapter au modèle, on pourrait proposer une formation en un an et demi que l’on débuterait après un premier semestre raté ; on pourrait nommer cela un « DEUST » [diplôme d’études universitaires scientifiques et techniques, NDLR], une formation professionnalisante qui existe déjà.

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