Cinéma

Du moralisme au combat éthique

Paysagiste
 

La sortie du dernier film de Ridley Scott, Tout l’argent du monde, dans lequel l’acteur Kevin Spacey a été numériquement effacé et remplacé par Christopher Plummer suite à des plaintes pour attouchements sur mineurs, jette une lumière nouvelle sur la machine hollywoodienne et ses capacités d’amendement. On gomme l’effigie du criminel et cela suffit à en éponger la faute, on barre son nom pour absoudre les collatéraux. Cette réécriture effarouchée, ce révisionnisme doivent-ils être considérés comme anodins ? Si les distributeurs de ce film se sentent si concernés par les agissements d’un de leurs protégés, qu’ils en annulent la sortie ! S’ils s’en moquent, par pitié, qu’ils nous épargnent les tartufferies !

Cette accusation fait écho à l’affaire Weinstein, sorte de catalyseur, et à toutes les révélations analogues qui ont émaillé l’actualité dernièrement. Qu’un gras producteur se croyant à l’abri de toute justice immanente tombe dans l’opprobre unanime, je n’ai rien à y redire et même j’applaudis.

Reste que lorsque les féministes instrumentalisent un fait divers répugnant pour en faire un outil de leur argumentaire, on est en droit de trouver cela déplacé, sans même parler des victimes collatérales qui peuvent résulter de telles salves aveugles, lors de tels tirs de barrage. C’est un peu le pendant charnel de l’affaire Fillon et l’effet domino qui l’avait suivie. Au nom d’un ordre moral que les mêmes vilipendent en d’autres lieux à d’autres occasions, une furie inquisitrice s’est emparée des réseaux sociaux et les noms lapidaires de porcs (ou pire) ont fleuri sur la Toile.

Les prêches de bon ton sont de rigueur mais personne n’aurait l’honnêteté d’admettre que ce combat est celui que mènent depuis toujours les « fachos », les « réacs », celui pour le retour à des valeurs traditionnelles fortes, chevaleresques, patriarcales, qui n’encouragent pas les êtres à se vendre pour de la gloire ou à être prêts à n’importe quelle compromission pour parvenir. Tous les combats éthiques devraient être le prétexte de rapprochements, de consolidation de nos forces actives, non de stigmatisations et de fragmentations. Les scissions qui se font d’un bord à l’autre, entre sexes, entre classes, entre nationalités n’ont jamais étés aussi claires ; ce ne sont plus de simples scissions mais des failles sismiques, maintenant !

Quant à nous, ce qui nous importe, c’est de remettre à tout propos l’éthique sur le devant de la scène, car l’éthique véritable doit remplacer le moralisme multi-usage, et de proclamer la primauté des questions spirituelles si l’on veut distinguer quelque chose dans ce qui n’est que des effets prévisibles et affreusement logiques de l’affaissement de notre société.

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