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Monsanto Papers : comme disait l’autre, science sans conscience n’est que ruine de l’âme

 

La vérité, en matière scientifique, est peut-être une chimère. Nous pouvons vivre au quotidien dans un monde ordonnancé selon Newton même si nous savons qu’Einstein a bien cassé la baraque. Tous les deux ont cependant bâti une lecture du monde aussi rigoureuse que possible, avec les meilleurs outils de leurs temps respectifs, sincèrement désireux de parvenir à cette « vérité scientifique » dont Popper a peut-être fait un oxymore. Le lien entre une expérience et ses conclusions est toujours plus difficile à établir qu’on ne l’imagine.

En septembre 2012, je me réjouissais de la publication des travaux du professeur Gilles-Éric Séralini : une étude sur des rats nourris aux OGM assaisonnés aux désherbants. Naïf que j’étais ! La dépublication intervenue en novembre 2012 sonnait le glas des espoirs fondés sur ce travail pour, enfin, se poser les questions les plus essentielles sur la nocivité de l’agrochimie en général.

Aujourd’hui, les Monsanto Papers, cette fuite de documents internes publiés sans autorisation, donnent un éclairage sur cette affaire. Tout d’abord, le conflit d’intérêts jamais divulgué par Wallace Hayes, payé par Monsanto en 2012. Ce rédacteur en chef de la revue Food and Chemical Toxicology (qui avait publié cette étude sur décision de son adjoint de l’époque) avait expliqué qu’elle était retirée parce que non probante.

Il y a aussi les manœuvres orchestrées par Monsanto pour susciter des réactions formelles de protestation dans la communauté scientifique, afin de discréditer l’étude et son auteur. Réactions désavouées par leurs auteurs un peu plus tard…

Quelques réflexions et questionnements personnels :

Elsevier, maison mère de la revue, aurait lancé une enquête interne pour tenter de savoir ce qui s’est passé. C’est bien, mais est-ce suffisant ? Sera-t-elle complète, avec quantification des faux positifs (publication d’une étude indigne de l’être) et faux négatifs (refus de publier ce qui l’aurait mérité) ? Depuis l’année 1542 où François Rabelais a fait dire à Pantagruel que « science sans conscience n’est que ruine de l’âme », il y a de quoi se lasser de devoir le rabâcher encore et encore.

Est-il un procureur qui se saisira enfin de ce dossier, inculpera entre 50 et 100 dirigeants et salariés de Monsanto liés à ces dossiers, osera y coller le chef d’inculpation d’empoisonnement pour mobile de cupidité, et ira jusqu’à incriminer les lobbyistes et leurs cibles qui ont permis à Monsanto de prospérer au détriment de la santé en général, mais avec toutes les accréditations nécessaires ?

Mon incursion fracassante dans le monde de l’épistémologie avec cette contribution pragmatique : en plus de sa réfutabilité, Karl Popper a oublié un critère essentiel pour déterminer ce qui est scientifique, car rien ne peut y prétendre si ça lèse les intérêts d’un grand groupe riche et peu scrupuleux.

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