Entretien - Religion

Abbé Guillaume de Tanoüarn : « Dans les monastères, il n’y a pas de loi du silence pour protéger les coupables mais des pasteurs qui peuvent aider les fugitifs à payer leur dette »

Prêtre catholique

Membre de l’Institut du Bon-Pasteur, directeur du Centre Saint-Paul et de la revue Objections

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Ce matin, la presse s’est fait l’écho des fouilles qui ont eu lieu au monastère de Roquebrune-sur-Argens pour tenter de localiser Xavier Dupont de Ligonnès disparu depuis avril 2011 et soupçonné d’avoir assassiné sa femme et ses quatre enfants. Les enquêteurs n’ont rien trouvé, mais c’est l’occasion de s’interroger sur la protection que les monastères peuvent fournir aux fugitifs.

L’Abbé de Tanoüarn a bien voulu apporter son éclairage aux lecteurs de Boulevard Voltaire sur ce fameux « droit d’asile ».

Le droit d’asile n’existe plus depuis la Révolution. C’est un bobard affriolant pour journalistes car, quoi qu’on en dise, les monastères et la religion sont à la mode. Il n’est pas question, pour un monastère, d’aider un coupable à échapper à la justice des hommes.

Monsieur l’Abbé de Tanouarn, un nouveau rebondissement est apparu dans l’affaire Dupont de Ligonnès. Dans le cadre de l’enquête, la police a fouillé en vain le monastère de Roquebrune-sur-Argens.
Serait-il possible qu’un monastère puisse cacher quelqu’un d’aussi recherché que Xavier Dupont Ligonnès?

Du point de vue de la légalité, la seule loi en France est celle de la République. Elle ne prévoit pas le droit d’asile. Elle était prévue sous l’ancien régime dans une législation philochrétienne. Elle ne l’est plus aujourd’hui, mais cela n’empêche pas les moines d’avoir reçu plusieurs fois des fugitifs et de les avoir aidés à se cacher. En revanche, ils ne les ont pas aidés à échapper à la Justice.
De ce point de vue, il y a une distinction claire à faire. Le travail des moines n’est absolument pas d’empêcher un coupable de payer sa dette, mais au contraire de lui permettre, par une réflexion ou une méditation, de payer sa dette.
Je crois vraiment que c’est encore un bobard affriolant pour les journalistes, car il est question de religion et de monastère. Finalement, ils aiment cela.
Michel Onfray est allé passer une semaine à la trappe de Sauvigny. Il y a une sorte de mode du monastère et de la religion.
Cela permet aussi aux journalistes de dire des choses qui ne sont pas très précises, car ils n’ont aucune culture religieuse. C’est ce fameux vœu de silence qui n’existe pas. Dans tous les monastères du monde, il y a un effort de silence qui est un effort collectif. Le vœu de silence en tant que tel n’existe pas, et surtout il ne s’agit pas du tout d’un vœu qui serait une espèce de loi du silence pour protéger les coupables. C’est du journalisme, ce n’est pas la réalité.
Pastoralement, les moines peuvent aider comme des pasteurs, même les coupables, à accepter leurs fautes et la dette que cette faute implique.

L’hypothèse selon laquelle les moines aient pu l’héberger sans savoir qui il était est-elle possible ?

Évidemment c’est tentant, parce que c’est un pays que Xavier Dupont de Ligonnès connaît très bien. C’est le pays de son enfance. Après l’avoir entrevu soi-disant en Thaïlande ou dans tel autre pays lointain, il est tentant de se dire que ce fugitif est si parfaitement caché, parce qu’il n’a pas bougé. On a un signalement de lui à l’époque de l’affaire.
Je reste sur ce qu’a dit le père prieur de Roquebrune. Il a précisé qu’il fallait qu’il y ait quelqu’un qui le protège. Cela signifie que ce n’est pas le monastère. En entendant les moines parler aux médias, on n’a pas l‘impression qu’ils cachent quelque chose.

Membre de l’Institut du Bon-Pasteur, directeur du Centre Saint-Paul et de la revue Objections

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