Culture - Editoriaux - Livres - Politique - 26 mai 2015

Le miroir des peuples

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Le Miroir des peuples est à mettre au nombre des livres dont la lecture réveille et développe la conscience. Cette « enquête sur l’avenir de la République » rappelle que si l’institution politique en question a un avenir, c’est qu’elle a une inscription dans le temps ; dès lors c’est qu’elle a connu une naissance. C’est précisément dans ce travail de généalogiste des idées que l’auteur puise ce qui est à la fois un bilan et un constat.

Nos contemporains, habitués à penser que l’existence démocratique est attestée par la seule manifestation possible de quelques libertés – dont la première est le droit de vote-, ont besoin pour se réapproprier leur destin d’entendre que la plupart des opinions qu’ils se font des concepts cardinaux qui régissent leur vie sont fondées sur des définitions incomplètes, voire radicalement erronées.

Loin de se satisfaire d’une évocation a minima des fondements de la philosophie politique, Eric Guéguen convoque les grands Anciens dont la pensée a tellement influencé la construction culturelle et sociale des hommes et démontre où, quand et comment le monde moderne a emprunté les raccourcis qui l’ont conduit à ne plus retenir de l’œuvre antique qu’une litanie de mots symboliques dépouillés de leur contenu. Le projet démocratique – et la construction institutionnelle inhérente – n’a pas toujours été associé à l’ensemble des mesures qu’on lui prête aujourd’hui et sur la base desquelles on prétend mesurer le degré de démocraticité d’un régime.

Au cœur d’une constante (le bonheur comme objectif, la définition d’un bien commun et des moyens de l’assurer), l’homme communautaire a profondément modifié les méthodes comburantes de son paradigme selon les influences philosophiques de l’époque.

A l’heure où l’individualisme triomphe avec pour effet d’incliner les citoyens à n’envisager la possibilité de réalisation de l’intérêt collectif qu’en fonction de la capacité des intérêts personnels à être défendus par leurs dépositaires puis à être additionnés, on peine à croire qu’en d’autres temps les intérêts individuels aient pu être envisagés non comme force motrice mais comme conséquences bienheureuses d’un labeur consenti au groupe. Le Miroir des peuples, érudit sans être pédant, exigeant sans être éprouvant, remet les pendules à l’heure quitte à obliger le lecteur à sortir de sa zone de confort intellectuel. La lecture terminée, la réflexion qu’elle a enflammé se poursuit et stimule notre soif de compréhension et, pourquoi pas, notre soif d’action. Les occasions en sont assez rares pour qu’on les saisisse à bras-le-corps.

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