Editoriaux - 9 janvier 2015

Minute de silence à l’école : des pour et bien des contre…

Jeudi était jour de deuil national. À midi, une minute de silence devait, dans tous les lieux publics, figer la France dans le recueillement. Les églises ont sonné le glas, le métro s’est arrêté, les enseignants ont suspendu leurs cours et les élèves, petits et grands, ont été conviés à la communion nationale. En principe. Dans la réalité, ce fut sensiblement différent.

Mercredi soir, emporté par la vague qui soulevait le pays et faisant suite à la décision du Président d’instaurer une journée de deuil national, le ministre de l’Éducation Najat Vallaud-Belkacem adressait donc une lettre à tous les responsables des établissements scolaires de France :

Madame, Monsieur,
L’attentat meurtrier contre l’hebdomadaire Charlie Hebdo a atteint notre République au cœur.
Les valeurs essentielles de notre République ont été visées […].
Au moment où notre pays manifeste son unité nationale face à l’épreuve, l’École doit plus que jamais porter l’idéal de la République.
Je vous invite à répondre favorablement aux besoins ou demandes d’expression qui pourraient avoir lieu dans les classes en vous laissant le soin, si vous le souhaitez, de vous appuyer sur l’ensemble des ressources pédagogiques que les services du ministère tiennent à votre disposition.

À entendre et lire de nombreux témoignages, notamment d’enseignants qui pour beaucoup n’ont pas souhaité donner le nom de leur établissement, on était loin de l’unanimité dans la douleur… Dans maints collèges, en effet, certains ont refusé la minute de silence, une enseignante expliquant même ce matin à RTL qu’un certain nombre de ses élèves de quatrième avaient quitté la classe en affirmant « Non, nous ne sommes pas Charlie ». Sur le site du ministère, des enseignants posent d’ailleurs la question : « @najatvb un commentaire sur les élèves qui refusent la minute de silence et insultent les victimes ? Et dont certains personnels de l’Éducation nationale disent que c’est leur liberté d’expression ?! », ou encore : « Mme @najatvb allez vous même répondre aux besoins d’expression des élèves ! Ne mettez pas les prof en difficulté ! »

Un autre point est soulevé, qui ne semble pas avoir effleuré le ministre. Bien que mère de très jeunes enfants, on peut imaginer qu’elle n’a que peu de temps à passer avec eux, ceci expliquant peut-être cela : c’est la réserve des directeurs d’écoles maternelles. En effet, on peut se demander s’il est bien opportun de plonger des tout-petits dans l’horreur d’un monde qu’ils ne peuvent comprendre, comme en témoigne cette mère :

Mme Najat Vallaud-Belkacem, je vous remercie pour votre appel national au deuil, ce matin toute l’école de Matisse est allée se recueillir au monument aux morts. Résultat des gosses traumatisés, mon fils qui me dit qu’il y a des fous partout que s’il voit un pistolet il le tue et le jette à la poubelle. Quand je lui dis que sa maman le protège il ne me croit pas car les morts aussi avaient une maman et qu’elle n’a rien fait.

Autre critique, plus pragmatique celle-là : l’heure à laquelle la minute de silence a été organisée. Najat Vallaud-Belkacem semble aussi l’ignorer : « À 12 h, les enfants ne sont plus sur le temps scolaire. Ils sont à la cantine ou dans la cour de récréation avec des animateurs », déplore une directrice.

Après, si tout va bien, ils font la sieste. Avec leur doudou. Si possible en rêvant et pas en cauchemardant sur des terroristes armés jusqu’aux dents qui les guettent à la porte de l’école…

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