Entretien - Politique

Olivier Bettati : « Les militants veulent un clivage gauche/droite ! »

Olivier Bettati, qui a conduit la liste de Marion Maréchal-Le Pen aux régionales en tant que tête de liste divers droite, a annoncé ce jeudi matin rejoindre le CNIP pour en devenir vice-président. Pour lui, les dix-huit mois prochains sans élection constituent une chance pour recomposer le paysage politique.

Vous devenez le nouveau vice-président du CNIP. Quittez-vous le Front national ?

J’ai toujours été un divers droite depuis que j’ai quitté l’UMP il y a trois ans.
J’ai conduit la liste de Marion Maréchal-Le Pen aux régionales en tant que tête de liste divers droite.
J’ai siégé, et je continue à le faire, comme allié divers droite du Front national en région PACA.
Les dix-huit mois sans élection qui sont devant nous constituent une chance pour recomposer le paysage politique.
Les Républicains sont en train de le faire et le Front national aussi. J’ai, depuis vingt-cinq ans, des relations amicales avec des gens du CNI, et notamment avec Bruno North, qui a commencé avec moi au RPR.

J’ai le sentiment que si l’on ne veut pas laisser Emmanuel Macron organiser un ping-pong entre lui et monsieur Mélenchon, qui est son meilleur sleeping partner, il faudra qu’un peu plus petit puisse dire aux plus gros que le moment est venu de discuter ensemble.
Je rappelle qu’Emmanuel Macron a débarqué de nulle part et a été élu président de la République en même pas une année. Le monde politique a donc changé.
Nous n’y arriverons que si les responsables politiques sont en capacité de le comprendre et de se parler. Plus personne, aujourd’hui, ne peut gagner seul.
On se rend compte que les militants veulent un clivage droite/gauche.
Le succès de la plate-forme lancé par Nicolas Dupont-Aignan, qui a réuni plus d’un million de personnes en quinze jours, le montre. Les militants des Républicains ont clairement exprimé cette volonté dans les remontées au parti.

Les militants sont inquiets de l’islam radical.
Emmanuel Macron, avec une politique économique proche de ce qu’aurait dû faire la droite, a semé un vrai trouble dans cet électorat-là. Je pense que c’est une bonne chose que les centristes soient partis.

Est-il donc trop tôt pour enterrer le clivage droite/gauche ?

Les questions de la fin du quinquennat se poseront sur du sociétal.
Nous serons donc de nouveau dans un clivage droite/gauche.
Je souhaite amener ma pierre à l’édifice à la recomposition de la droite en laquelle je crois, comme je l’ai fait en PACA en discutant avec tout le monde. En n’étant que vice-président du CNI, je crois à cette recomposition au niveau national.
Le CNI est un tout petit parti, mais c’est le plus vieux parti de la droite française.
En rebâtissant un avenir à partir des racines du plus vieux parti de droite, je trouve que cela apporte une continuité nationale à ce que j’ai commencé à faire en PACA.

Quel sera le schéma politique de demain ? Les progressistes contre les conservateurs ?

Je pense qu’aujourd’hui, nous sommes dans un flou absolu.
Une partie de l’électorat de droite vote pour monsieur Macron.
Une partie de l’électorat de gauche a voté pour lui, ne vote plus aujourd’hui pour lui.
Il s’est organisé avec talent un match Macron/Mélenchon. Je ne veux pas assister à cela. Je ne veux pas, non plus, que les idées qui sont miennes meurent.

La première partie du quinquennat s’est faite sur un programme économique de centre droit, il faut dire les choses comme elles sont. Cela a donc aspiré une partie de cet électorat.
Monsieur Macron, c’est la symbiose entre les soixante-huitards, les boboïstes et la banque Rothschild. Le côté banque Rothschild a parlé au peuple de droite.
Les réformes économiques vont s’arrêter et la deuxième partie du quinquennat se fera sur le sociétal.

Les prochaines élections sont les élections européennes. Il faudra bien parler de ce qu’est la France dans l’Europe, de ce qu’est l’Europe par rapport à la France et de ce que doit devenir le peuple français dans les années à venir.
À ce moment-là, monsieur Macron reviendra sur ce qu’il est, un bobo parisien enfermé dans ses certitudes. Je respecte, mais ce ne sont pas mes idées et pas, non plus, les idées du peuple de droite.
Quand on regarde les remontées de la plate-forme de Nicolas Dupont-Aignant, celles chez Les Républicains et ce que pensent les électeurs du Front national, on se rend compte que tout le monde pense à peu près la même chose.
La réalité est que plus personne ne gagnera seul.

Après le maire de Cogolin, vous êtes le 2e élu à partir. Le Front national du Nord fait donc fuir le Front national du Sud ?

Je ne pense pas que le problème se pose dans une opposition Nord-Sud.
Je n’étais pas adhérent au Front national. J’étais un allié de divers droite. Je reste un allié divers droite, mais je suis vice-président national du plus vieux parti de droite de France.
Je suis très heureux et honoré.
Je les remercie de m’avoir accepté dans leurs rangs et au poste qu’ils ont souhaité me confier.
Ce sont des gens que je connais depuis vingt-cinq ans et qui, comme moi, n’ont pas varié et sont restés des gens de droite.
Cela n’a pas été très à la mode il y a quelque temps, mais je subodore que cela va vite le redevenir.

Vous effectuez un retour aux sources. Le CNI a été votre première étiquette politique par le passé.

Oui.
Mes premiers amours ont été la droite.
Je suis né dans le sillage de Charles Pasqua, de Philippe Séguin et de Jacques Médecin à Nice.
Aujourd’hui, je reviens pour Jacques Médecin qui était membre du CNI et pour Charles Pasqua qui a longtemps eu des relations très proches avec cette droite de la droite classique.
Finalement, on revient toujours à ses premiers amours.

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