Mieux vaut être jeune et clandestin que français, vieux, grabataire et endetté

Ancien officier de Gendarmerie

Diplômé de criminologie et de criminalistique

 

Les policiers d’Agen obligèrent les habitants du lotissement à quitter leurs jardins d’où ils observaient, incrédules, le déploiement discret des forces de l’ordre.

Depuis 17 heures, les négociations engagées par deux conciliateurs du RAID n’ont pas avancé. Les hommes du Groupe, après étude du plan de la vieille demeure, ont posté des snipers sur les toits des maisons évacuées. Puis quatre hommes, armes au poing encagoulés et entièrement vêtus de noir, s’avancent lentement en direction de la maison derrière le Ramsès, un large bouclier balistique percé de minces ouvertures en verre blindé. L’assaut va être donné…

Non, il ne s’agit pas de terroristes fanatiques massivement armés retranchés dans une habitation. Derrière ces murs vivent, depuis vingt-sept ans, Noëlle Darles, lourdement handicapée depuis sa naissance, et son ami de longue date Éric Clément.

Leurs torts : ils refusent de quitter, malgré une expulsion locative transmise par huissier, leur demeure de Villeneuve-sur-Lot. Certes, Éric a menacé le représentant de justice avec un pistolet mitrailleur et a indiqué qu’ils ne quitteraient le domicile que « les pieds devant ». Mais cela ne mérite-t-il pas, plutôt que ce déploiement de force, la venue, en premier, d’une assistante sociale ou du maire pour un possible relogement ?

Pourtant, vers 21 heures, les hommes du RAID passent à l’attaque. Malgré leur rapidité d’intervention, ils ne peuvent empêcher Éric de mettre le feu à la villa. Résultat : Noëlle, enfermée dans sa chambre, asphyxiée, voit son pronostic vital engagé. Quant au « forcené », intoxiqué par les fumées, il est transporté au centre hospitalier. Voilà les faits relatés par La Dépêche du Midi il y a deux jours.

Si l’on peut comprendre qu’un propriétaire veuille récupérer son bien, il est difficile de concevoir l’attitude d’un préfet faisant appel au RAID. Car quand ce sont des squatters qui s’emparent d’un local, il faut parfois un an pour les faire déguerpir sans l’aide de celui-ci et récupérer des lieux dévastés. Et lorsque ce sont des clandestins, si on les vire, c’est pour mieux les reloger dans des Formule 1 rachetés par l’État.

Émilie Faussié, 85 ans, habite depuis treize ans une demeure qu’avec son mari, à présent décédé, elle avait achetée pour la retraite. Hélas, le domaine à Peyriac-Minervois, dans l’Aude, a été mis en liquidation judiciaire. Suite à cette injonction, il lui est interdit d’y demeurer. Mais, comme elle l’explique au journaliste de La Dépêche : « On n’a pas le droit d’expulser une vieille femme » et « surtout je ne veux pas partir, ni qu’on vende le château. Il y a des Hollandais qui ont acheté. »

Elle continue donc à y habiter sans eau, électricité, ni chauffage, tous ces services ayant été coupés. Pour laver son linge, elle se rend dans une laverie et, le soir, pour s’éclairer, elle emploie des ampoules solaires qui se rechargent durant la journée. Sans vraie luminosité, impossible de lire, aussi elle écoute la radio jusqu’à 2 heures du matin dans une pièce où la température, l’hiver, atteint tout juste les 5 °C. Comme si tout cela ne suffisait pas, elle s’est déjà fait agresser et ne compte plus les cambriolages pour s’emparer des meubles laissés sur place par l’huissier. Ne supportant plus de se faire dévaliser, Émilie dort désormais avec un fusil chargé à côté d’elle. Elle se dit bien décidée à en faire usage en tirant dans les jambes du voleur si cela était nécessaire.

On le voit, il ne fait pas bon être grabataire ou âgé et ne plus pouvoir payer ses dettes quand on est citoyen de notre beau pays. En revanche, si vous êtes un jeune migrant clandestin, les associations sauront vous aider et les préfets prendront soin de votre bien-être.

Diplômé de criminologie et de criminalistique

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