Editoriaux - Justice - Polémiques - Politique - 16 octobre 2018

Mélenchon perquisitionné : l’Insoumis s’indigne… non sans raison !

C’est peut-être une coïncidence… En ce jour de remaniement, on apprend que le domicile de Jean-Luc Mélenchon a été perquisitionné dans le cadre de deux enquêtes préliminaires. Il est soupçonné d’« emplois fictifs d’assistants parlementaires européens » et d’« irrégularités dans les comptes de campagne ». Un pur hasard ?

Ainsi, les domiciles du patron de La France insoumise et de quelques proches ont été, ce mardi matin, perquisitionnés. Enfin ! Marine Le Pen n’est pas la seule à se voir suspecter de détournement de fonds européens pour rémunérer des assistants parlementaires. Ils travaillaient aussi pour leur parti – quel crime abominable ! Les commentateurs les plus divers commençaient à trouver étrange le traitement de faveur auquel le Rassemblement national avait droit. Eh bien, maintenant, c’est le tour de Mélenchon !

Pourtant, une question taraude l’esprit : pourquoi, diantre, François Bayrou, également soupçonné d’emplois fictifs d’assistants, semble-t-il épargné par la Justice ? Parce qu’elle ne peut pas tout faire à la fois ? À chacun son tour ? L’ex-garde des Sceaux jouirait-il de quelque privilège ? Sans compter que son soutien à Macron vient d’être récompensé par la promotion d’un ministre auprès du ministre de l’Intérieur à un ministère de plein exercice et la nomination du président du groupe MoDem au gouvernement. Bayrou exulte : tous deux sont « un de [ses] bras droits ». Il doit se prendre pour quelque dieu indien !

Cerise sur le gâteau, Jean-Luc Mélenchon est, en outre, soupçonné d’« irrégularités dans ses comptes de campagne ». Il s’était déjà défendu de toute violation du Code électoral : « Je n’ai jamais agi autrement qu’honnêtement. » Pourquoi ne pas le croire ?

On se demande, en revanche, par quelle indulgence la Justice ne s’intéresse pas davantage à certaines pratiques d’En Marche! pendant la campagne présidentielle. Les rabais anormaux dont son candidat a bénéficié, par exemple, ou les dons trop importants et les dépenses «apparemment personnelles », d’après Le Monde, initialement intégrées à son compte de campagne.

Mélenchon est furieux ! Il a filmé en direct la perquisition menée à son domicile : « Voici les débuts du nouveau ministre de l’Intérieur, et de la ministre de la Justice. Voilà ce qu’ils sont en train de faire pour intimider et faire peur ! », s’exclame-t-il. La suite de l’enquête montrera s’il est ou non fautif, mais il est vrai qu’on peut s’indigner que la Justice ait deux poids deux mesures.

Il en profite pour se faire de la publicité, ce qui est de bonne guerre. Il aurait pu, cependant, s’abstenir d’ajouter : « Demain, vous verrez, ils trouveront une excuse, une raison quelconque, pour me foutre en cabane, comme ils l’ont fait avec Lula. » En cette circonstance, se comparer à Lula, condamné à douze ans de prison pour corruption, n’est pas forcément opportun. D’autant plus qu’au Brésil, dans l’ancien fief dudit Lula, les électeurs plébiscitent – horribile dictu – le candidat « d’extrême droite », arrivé largement en tête au premier tour de la présidentielle.

Le gouvernement assurera, bien sûr, que la Justice est indépendante. N’empêche, on dirait qu’elle a des partis pris. À moins qu’elle n’applique la morale de la fable : « Selon que vous serez puissant ou misérable […] les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. »

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