Editoriaux - 2 janvier 2019

Mélenchon, l’histrion qui rit jaune

Il est comme ça, notre Mélenchon : il adoooooore les révolutions. Il n’y a rien qui l’émoustille tant que la guerre civile, les potences, les têtes coupées au bout d’une pique, les geôles avec rats et cafards et, pour finir, la guillotine pour tous. C’est son truc, et dès qu’il croit en flairer l’odeur, ça le met en transes.

Après Robespierre, Maduro et quelques autres grands comiques, une nouvelle figure vient ainsi de s’ajouter à son Panthéon personnel : monsieur Éric Drouet, chauffeur routier quand il n’est pas gilet jaune estampillé pour les plateaux de télé.

Attention, hein, je ne dis pas que Drouet est un gars qui rêve de couper les têtes, même s’il a parlé d’entrer à l’Élysée pour déboulonner le Président ; non, je dis que le nom de Drouet a déclenché chez ledit Mélenchon une bouffée délirante à tendance lyrico-mystico-révolutionnaire d’un niveau rarement atteint.

C’était sur Facebook, à quelques heures du réveillon, alors que les jeunes attachés aux traditions populaires s’apprêtaient à incendier leur quota d’automobiles. Emporté par sa fougue militante, à moins que ce ne soit par l’amour, ou les deux, il a envoyé audit Drouet une longue déclaration à faire pâlir d’envie madame Chikirou.

Ça commence comme une longue tirade flagorneuse qui n’aurait pas déplu à feu Molière, genre « Mourir vos beaux yeux, belle marquise, d’amour me font… »

Tout y passe. Mélenchon, très « Bourgeois gentilhomme » : « Je vis la fin d’année politique la plus motivante de ma longue vie d’engagements. J’ai donc le cœur plein de gratitude pour ces gilets jaunes qui mènent avec tant de bon sens, tant de sang-froid, tant de constance, le combat pour libérer notre pays des chaînes de l’argent roi. »

Mélenchon visionnaire : « Je les vois se tenir à distance des pièges grossiers qui leur sont tendus à intervalles réguliers par les terribles adversaires qu’ils affrontent à mains nues. »

Mélenchon amoureux : « Je regarde Éric Drouet avec tant de fascination. »

Puis vient le Mélenchon historien qui devine, dans le chauffeur routier, la réincarnation du régicide : « Il y a déjà eu un Drouet décisif dans l’histoire révolutionnaire de la France. Drouet, c’est cet homme qui a observé attentivement cette diligence bizarre sur la route de Varennes en juin 1791. Il a reconnu le passager. C’était le roi Louis XVI fuyant Paris, le peuple et la révolution. Son sang n’a fait qu’un tour ! »

Vient ensuite une tirade qui mérite qu’on s’y arrête.

Mélenchon, historien de l’art, a dégoté à l’Assemblée un tableau où, dit-il, « on le voit, lui Drouet, un pistolet à la main, menaçant le président de séance un jour où les sans-culottes parisiens avaient envahi l’hémicycle de l’Assemblée nationale. » Un rêve… « Les sans-culottes exigeaient l’arrestation des députés qui servaient la soupe à un gouvernement protecteur des riches, fermé aux demandes populaires, inerte devant l’envahisseur après avoir provoqué la guerre. » Ce tableau-là est son préféré. Il dit le commenter régulièrement pour ses visiteurs, vantant « ce Drouet comme un modèle de citoyen qui sait aller à l’action révolutionnaire sans tortiller, pour faire vivre la République ».

J’arrête là. La suite est du même tonneau : flagorneuse, simpliste, racoleuse ; pour tout dire, écœurante dans sa tentative désespérée de récupération. Mélenchon – vous me pardonnerez de commencer l’année avec une grossièreté – nous prend tous pour des c…, à commencer par les gilets jaunes et leur porte-flambeau Éric Drouet. Sans doute un brave garçon, mais dont les vidéos (souvent tournées d’une main quand l’autre tient le volant !) sont aussi creuses que pleines de banalités.

Mélenchon n’est qu’un histrion qui rit jaune. Après le costume de garde-champêtre enfilé pour la présidentielle, il endosse le gilet aux couleurs des cocus, espérant se refaire une santé politique sur les ronds-points…

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