Fake news

Méfions-nous des « fake news » !

 

Ce syntagme, souvent employé durant la campagne présidentielle, désigne de fausses nouvelles, généralement publiées dans le but de désinformer et d’abuser l’opinion. Mais il peut aussi définir une erreur qu’on propage de bonne foi, faute d’avoir vérifié ses sources. N’entrent pas, bien sûr, dans cette catégorie les pastiches humoristiques, comme on en trouve dans Le Gorafi, qui ne trompent guère un lecteur vigilant.

Si l’on ne dispose, contre les tentatives de désinformation, d’autre arme que son esprit critique – d’où la nécessité de former les élèves au discernement –, il est possible, si l’on y met de la bonne volonté, d’éviter de propager soi-même de fausses informations ou d’en être victime : il suffit de vérifier ses sources et de se prémunir contre ce défaut que Fontenelle appelait le préjugé de la précipitation.

Je ne suis pas de ceux qui estiment qu’on a commencé à penser par soi-même avec le siècle des Lumières : ceux qui n’ont pas une culture sectaire ou réduite à des lieux communs savent que, depuis l’Antiquité, des penseurs se sont efforcés de trouver les chemins de la vérité. Mais les philosophes du XVIIIe siècle ont régulièrement mis l’accent sur l’obstacle que représentent les préjugés.

Vous connaissez, sans doute, cet extrait de l’Histoire des oracles, de Fontenelle, qu’on trouvait couramment dans les manuels de français, avant que la mode ne vînt de privilégier les textes contemporains, les articles de journaux, voire les notices explicatives : il était intitulé « La dent d’or ». Le neveu de Corneille raconte comment de prétendus savants dissertent pendant des années, à force d’arguments et de contre-arguments, pour savoir comment il est venu à un enfant de sept ans une dent d’or. Jusqu’au moment où l’on s’aperçoit que c’est une supercherie.

« Assurons-nous bien du fait, avant que de nous inquiéter de la cause », écrivait Fontenelle en 1687. Cette leçon vaut toujours.

À la même époque, Pierre Bayle, dans les Pensées diverses sur la comète, montre combien le préjugé de l’autorité peut être trompeur : « Que savons-nous », écrit-il, « si ce grand docteur qui avance quelque doctrine a apporté plus de façon à s’en convaincre, qu’un ignorant qui l’a crue sans l’examiner ? » Sans citer de noms pour ne blesser personne, on pourrait transférer cette critique sur certaines personnalités ou médias qui, même en partant de faits avérés, se lancent dans des discours orientés ou falsificateurs.

Ce défaut peut toucher quiconque n’est pas assez attentif. D’autant plus qu’on est naturellement enclin à croire ce qui fait plaisir.

Il me souvient d’un interlocuteur qui me soutenait mordicus que Vincent Peillon n’était pas agrégé de philosophie, alors que les archives prouvent qu’il obtint le concours de l’agrégation externe en 1986. Tout récemment, quelqu’un m’assurait, en se fondant sur Le Figaro, qu’il n’y était nullement question d’agression contre le maire de Montfermeil mais, au contraire, d’un motard brûlé dans un accident, après avoir refusé un contrôle. Vérification faite, il n’avait pas tort – sauf que le fait divers relaté s’était produit à Mont-de-Marsan.

Si l’on veut s’opposer à la désinformation, issue du dessein d’abuser ou de la négligence, il faut commencer par essayer soi-même d’être irréprochable et de ne rien avancer sans en avoir vérifié les sources. Le jugement critique, qui permet de distinguer le vrai du faux, est le rempart contre l’erreur. Cette méthode rigoureuse est d’autant plus efficace pour résister à une propagande insidieuse en pleine expansion et rétablir la vérité.

Si je vous annonçais que les candidats de Macron vont faire un bide, vous ne me croiriez pas et vous auriez raison !

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