Transformisme et mariage pour presque tous

Écrivain
 

Par un de ces paradoxes dont on ne cesse de se délecter, plus les peuples, dans leurs formidables ruades, montrent qu’ils rejettent le système qu’ils ont élu et ses petits arrangements entre amis, plus ledit système, pour se maintenir, décrète l’urgence d’une union des élites. On a connu, sous la Quatrième expirante, la fameuse omelette coupée aux deux bouts où communiaient dans une même substance baveuse socialistes rosâtres, radicaux bleuâtres et modérés blanchâtres. On voit aujourd’hui Angela Merkel conduire la grande coalition CSU-SPD sur la mer agitée d’une Allemagne en colère ; ou les Espagnols coupés en quatre chercher désespérément quelle combinaison trahira au mieux la volonté populaire. Et l’on voit bien que, de Valls à Juppé en passant par Xavier Bertrand et Christian Estrosi, le système politique français, sous la houlette de François Hollande, cherche un moyen de se perpétuer au centre pour refuser les demandes expresses et claires du peuple français.

Ce hold-up sur la chose publique menée par une minorité agissante a pour modèle deux mouvements nés en Italie dans la seconde partie du dix-neuvième siècle : le connubio de Cavour et le transformisme d’Agostino Depretis et Francesco Crispi. L’Italie est notre grande institutrice en matière de politique politicienne. Ces références lointaines sont d’actualité : elles sont à l’origine de ce que l’on appelle au-delà des Alpes l’arc constitutionnel, c’est-à-dire l’ensemble des partis déclarés aptes à concourir au gouvernement et à faire partie honorablement du débat dit démocratique et républicain.

Déclarés par qui ? C’est précisément ce que nous allons voir.

Aristocrate riche, libéral et modéré, le comte de Cavour était aussi maçon. En 1852, il passa une alliance avec le chef du centro-sinistra, le comte Urbano Rattazzi, lui aussi d’une famille aisée et éclairée, et franc-maçon. Après des péripéties, et malgré l’opposition du roi Victor-Emmanuel II, cela déboucha sur une politique violemment antichrétienne, libérale et bourgeoise. On nomma cela le connubio, le mariage, sur le mode ironique, l’union nuptiale entre ce qui apparaissait comme des carpes et des lapins, mais qui était en fait une seule et même famille unie dans la franc-maçonnerie par l’idéologie républicaine et laïque.

Quelques années plus tard, de 1876 à 1887, Agostino Depretis, riche avocat, trente-troisième degré du rite écossais, ancien de l’expédition des Mille de Garibaldi en Sicile où il fut « prodictateur », admirateur de Bismarck et signataire de la Triplice, reprenait l’idée, sous le nom de transformisme, en recherchant systématiquement à l’assemblée des majorités regroupant centre droit et centre gauche. Et Francesco Crispi, lui aussi grand ponte de la maçonnerie, reprit la pratique pour gouverner l’Italie en despote – éclairé, bien entendu.

Comme on le voit, l’UMPS ne date pas d’aujourd’hui. Les républicains, les humanistes, sont à la manœuvre, et ce n’est pas tout à fait un hasard si le seul parti qui paraît défendre les intérêts de la nation se trouve aujourd’hui exclu de l’arc constitutionnel. Il y a, comme cela, certains citoyens qui sont moins égaux que les autres parce que les frères en ont ainsi décidé.

Martin Peltier
Écrivain

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