Editoriaux - Presse - Religion - 7 janvier 2016

Si un Martien lisait Libé et Le Figaro du 6 janvier…

Si un Martien débarquait sur Terre et consultait les 8 pages de Libération du 6 janvier intitulées « Charlie court toujours », de quels éléments didactiques disposerait-il pour l’éclairer sur la nature, les tenants et aboutissants des faits d’actualité décrits, et comment les définirait-il après lecture et synthèse ? Ces éléments sont les suivants : « attentat – victimes des frères Kouachi – milieux religieux – barbus criminels – intégristes – fanatismes – dévôts – fanatiques – les agenouillés – les dogmatiques – attaques – assassinat – prise d’otages sanglante – attaque contre Charlie Hebdo – journal satirique ». C’est rigoureusement tout. Il en conclurait donc probablement que des membres d’un journal satiriques ont été tués par des frères nommés Kouachi, et sentirait confusément un arrière-plan mystique sans qu’aucune religion ne fût explicitement désignée, nommée ou mise en cause.

Si, maintenant, il consultait Le Figaro du même jour qui consacrait quelques articles au même sujet, il verrait que l’un d’eux interroge des représentants nommés musulmans d’une religion nommée islam. Il en conclurait donc que cette religion est impliquée de près ou de loin dans ces crimes. En les lisant, il comprendrait néanmoins que ces musulmans se décrivent comme « persécutés » ou « stigmatisés » à cause des crimes commis par certains des leurs contre des membres du journal satirique. Anouar Kbibech, résident du CFCM : « […] L’on a vu soudain se libérer la parole raciste et islamophobe […]. » Kamel Kabtane, recteur de la mosquée de Lyon : « C’est la première fois que je me sens musulman avec toute la connotation négative que ce mot peut parfois colporter. Il n’est pas facile d’être musulman en France aujourd’hui. »

Puis, s’il se replongeait dans le dossier de Libération, il y verrait le directeur survivant du journal satirique, nommé Riss, déclarer quelque part ceci : « On voulait rappeler qu’on est un journal athée et qu’on remet en cause l’idée même de l’existence de Dieu. On a vécu une année de tartufferies ou d’hypocrisies, j’aimerais qu’on écoute un peu moins les religieux, ras le bol. On est encombré, pollué par ces pensées primitives et débiles. » Il en conclurait naturellement que le journal satirique se déclare ennemi mortel des religions porteuses de « pensées primitives et débiles », ceci incluant naturellement celle nommée islam.

Puis, en consultant des archives encore plus anciennes du journal Libération, il constaterait que les membres de la rédaction du journal satirique ont appelé maintes fois à ne pas faire d’amalgame entre les violences commises contre eux par des musulmans et cette religion nommée islam. Au point de donner comme titre à l’un de leurs numéros après les meurtres commis contre eux : « Tout est pardonné. » Il comprendrait bientôt que, pour dédouaner coûte que coûte la religion nommée islam, les membres non croyants du journal satirique ont emprunté ces mots à une autre religion nommée christianisme… dont il découvrirait bientôt qu’ils la détestent encore plus ! 

Il en conclurait que nous vivons « des temps tellement éperdus de mensonges que même la vertu du sang librement consenti ne suffit pas à ramener dans la vérité » (Simone Weil, L’Enracinement). Puis comprenant tout, soudain, prendrait ses jambes à son cou en poussant un hurlement de terreur, et s’en retournerait dare-dare sur Mars.

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