Marine Le Pen : leader par défaut d’un parti fracturé

Etudiant en Histoire
 

Brachay, Haute-Marne, ce samedi 9 septembre. Sous un ciel gris, quelque 500 personnes ont pris place devant une scène sur laquelle trône en arrière-plan une affiche géante : « En avant pour un nouveau Front. » Le tout sur un fond musical : c’est le tube de Disney « Libérée, délivrée » qui ouvre le meeting de rentrée de Marine Le Pen. Comme chaque année depuis 2014, elle a choisi ce village champenois où le Front National est largement plébiscité.

L’ambiance est plus morose que l’année dernière : devant un public comble, la candidate Marine prononçait alors un discours offensif promettant la victoire en mai… Les ardeurs ont été calmées par la défaite aux présidentielles et le score à peine passable réalisé aux législatives. Aujourd’hui, c’est son propre électorat que Marine Le Pen veut conquérir : un électorat déçu par les contre-performances du parti et divisé entre les différentes lignes politiques que l’autorité de la patronne parvenait jusqu’à alors à fédérer.

Celle que 65 % des Français jugent incompétente tente de corriger les séquelles du débat d’entre-deux-tours. Dans son entretien accordé jeudi à TF1, c’est pour un style apaisé (lunettes, ton posé, sourire maternel) qu’elle avait opté. Face à ses militants, elle a tenu à adopter une expression plus martiale.

Dans un discours-fleuve, la désormais députée Marine Le Pen se dit « déterminée » à faire de son parti « une force d’alternance ». Elle promet une « nouvelle organisation » pour le FN qui « portera un nouveau nom », un changement qui devrait intervenir au congrès prévu en mars mais qui divise beaucoup les frontistes. « Quand un bateau s’est mis au plain, on ne met pas en cause le constructeur, ni la coque, ni le moteur, mais plutôt l’équipage ou le capitaine », a réagi Jean-Marie Le Pen, qui devrait bientôt publier ses mémoires.

Marine Le Pen veut aussi apparaître comme la première figure d’opposition face à Emmanuel Macron, un statut détenu par Jean-Luc Mélenchon selon un sondage IFOP où ce dernier est vu comme le meilleur opposant par 59 % des sondés, contre seulement 41 % pour elle. Cela explique sans doute la véhémence des propos envers La France insoumise, ce « salmigondis de contestataires » et d’« islamo-trotskistes ».

C’est néanmoins l’exécutif qui reste la cible favorite de Marine Le Pen : « Le macronisme, c’est le triomphe de la classe dominante avec pour seul vernis moral les droits de l’homme et pour seules valeurs et finalités l’argent », a-t-elle affirmé, dénonçant la « France nomade » des macronistes dont elle se voit en « exacte antithèse ».

Un mélange de réformisme et de retour aux fondamentaux, ainsi peut-on résumer les propositions de Marine Le Pen pour la refondation du « nouveau Front » dont on ne connaît pas encore la ligne politique. « Certains sont en marche, nous on est en panne », déclare, ironique, un haut responsable frontiste au micro du Point. Car, derrière les sourires de façade, les cadres du FN se déchirent, notamment sur les questions de l’euro et de la famille. Dans un parti où l’autorité du chef est une constante, la patronne n’arrive décidément plus à asseoir la sienne face aux cadres turbulents qui multiplient courants, comités de soutien et clubs divers… Peut-elle, pour autant, perdre sa place ? « Peu probable », pour le journaliste Louis Hausalter qui affirme, sur BFM TV, que l’absence d’adversaire crédible est « le grand atout » de Marine Le Pen.

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