Marine Le Pen doit impérativement clarifier sa position sur l’euro

Gestionnaire de fonds d’investissement
 

Les Français peuvent désormais consulter sur Internet le projet présidentiel en 144 propositions de Marine Le Pen [projet-presidentiel-marine-le-pen] et, chose incroyable, le mot « euro » n’y figure pas une seule fois. On a souvent dit que le Front national devrait briser le « plafond de verre » pour pouvoir, enfin, gagner une élection nationale. Cette expression signifie que Marine Le Pen véhicule des idées qui sont insupportables à la majorité des Français, une condition qui leur paraît suffisante pour voter contre elle quelles que soient ses autres propositions.

À écouter les médias, c’est l’immigration et le racisme qui serait visés, mais est-ce bien de cela qu’il s’agit auprès des électeurs ? Si l’on se penche sur les récents sondages d’opinion, la réponse est non. Les Français, très majoritairement, veulent mettre un terme à l’immigration car ils font le lien entre chômage et immigration, immigration et islam, islam et insécurité. En revanche, ce qui leur fait peur, c’est la sortie de l’euro. On peut donc raisonnablement penser que c’est en connaissance de cause que son projet de gouvernement semble mettre en sourdine la question de l’euro. La question est de savoir si c’est suffisant pour rassurer, dans un premier temps, les électeurs puis, dans un deuxième temps, les marchés financiers.

Concernant les premiers, nous serons fixés le 23 avril prochain.

Concernant les seconds, nous le sommes déjà : c’est non. Les agences Moody’s et Standards & Poor’s ont d’ores et déjà déclaré que la conversion en nouveaux francs de la dette française actuellement libellée en euros serait considérée comme un défaut de paiement. Le Financial Times (10 février 2017) qui rapporte l’information reconnaît, après avoir consulté des avocats internationaux, que juridiquement la position du Front national semble inattaquable, et souligne aussi que la situation française n’a rien à voir avec celle de l’Argentine, dont la dette était intégralement libellée en monnaie étrangère, mais rappelle toutefois que le temps des marchés financiers n’est pas le temps juridique. Ce que laissent entendre ces agences, c’est que dès le lendemain de l’élection de Marine Le Pen, sans même attendre si elle pourrait avoir une majorité pour gouverner, les investisseurs céderaient à la panique et les taux d’intérêt feraient un bond d’une ampleur jamais observée auparavant avec la possibilité d’une contagion à tous les actifs de tous les émetteurs de la zone euro.

Les lecteurs de Boulevard Voltaire qui seraient tentés de hausser les épaules en référence au Brexit feraient mieux d’y réfléchir à deux fois. La monnaie du Royaume-Uni n’était pas l’euro et, pourtant, la livre sterling a perdu 10 % en une journée et 10 % supplémentaires depuis. Ce que disent les agences de notation est parfaitement vrai et cela implique que l’État français ne serait pas en mesure de lever des fonds sur les marchés pendant un laps de temps indéfini, des fonds qui lui sont indispensables pour payer ses fonctionnaires, puisque le budget primaire (avant intérêts sur la dette) est en déficit. Marine Le Pen doit impérativement clarifier sa position sur l’euro. Si elle veut mettre le sujet de côté – ce que je lui conseille de faire vivement -, elle doit le dire clairement.

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