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Marine Le Pen serait-elle devenue gauchiste ?

Écrivain et journaliste espagnol
El Manifiesto
 

La surprise a éclaté. Face à la probable victoire du parti de la gauche radicale SYRIZA en Grèce, la présidente du FN s’est félicitée, voici quelques jours, de la « victoire du peuple » et de « la gifle infligée au candidat de l’Union européenne, de la Banque centrale européenne et du FMI, M. Dímas ». Florian Philippot s’est, quant à lui, déclaré « très heureux que le peuple relève la tête ». Parlant de la progression de Syriza en Grèce et de Podemos en Espagne, il a précisé : « Podemos est très intéressant. »

Alors que tout semble opposer le FN et de tels partis de gauche, faudrait-il crier au scandale, à la trahison peut-être ? Ou faudrait-il voir, plutôt, une certaine confluence entre des formations, somme toute, « populistes » ?

Parlons de Podemos, que je connais mieux en tant qu’Espagnol. Son succès est foudroyant. Créé quelques mois avant les élections européennes de mai, il a obtenu cinq députés. Depuis lors, il ne cesse de progresser : selon les sondages, il est devenu soit le premier, soit le deuxième parti en intentions de vote. Telle est la rage des Espagnols à l’encontre de ce que Podemos appelle « la caste » : l’ensemble de l’oligarchie économique, politique et médiatique, cette dernière faisant, toutefois, un grand accueil à Pablo Iglesias Turrión, le dirigeant omniprésent dans toutes les télés, où son savoir-faire brille de son plus grand éclat.

Revenons aux rapports entre le FN et la gauche. Un exemple nous permettra de mieux cerner la nature complexe et conflictuelle de tels rapports. Ce qui est arrivé il y a quelques semaines au Parlement européen, n’est-ce pas un non-sens absolu ? Rappelons les faits. Les partis de la droite identitaire avaient présenté une motion de censure contre le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker. La raison en était gravissime : lorsque Juncker était Premier ministre au Luxembourg, des centaines de sociétés multinationales ont bénéficié d’une combine grâce à laquelle leur impôt a été ramené à environ… 1 % ! Des milliards d’euros nous ont ainsi été dérobés (ils le sont toujours, sauf que les autorités et les multinationales doivent désormais prendre davantage de précautions).

Exactement pour les mêmes raisons, exactement contre le même fraudeur, Podemos a essayé de présenter une autre motion de censure. Les deux ont également échoué, mais ce qui importe c’est que personne n’a un seul instant songé à la possibilité que la droite et la gauche radicales – les forces dites populistes – signent ensemble une même motion de censure.

Suis-je en train de donner ma bénédiction à Podemos et au rapprochement avec Marine Le Pen ? Nullement. Je suis en train de constater seulement une évidence. Deux, plutôt. La première, c’est l’évidence de ce qui unit : l’ennemi, dans les deux cas, est exactement le même – du moins, s’il faut prendre au sérieux la politique sociale promise par les uns et par les autres. La deuxième, c’est l’évidence de ce qui désunit : les objectifs derniers sont dans les deux cas profondément différents, voire opposés. Il en va de même de la vision du monde qui préside à leur combat respectif. Une seule chose intéresse les gens de Podemos : l’économie, l’argent, les conditions matérielles de vie. Ils ne parlent que de ça : exactement comme les gens de « la caste » – mais avec des approches et des buts, certes, radicalement opposés. La dégradation du monde et de la Terre ? Le non-sens de la vie ? La destruction de la beauté ? L’anéantissement de notre destin collectif en tant que peuple ? Mais c’est quoi, ces bêtises, c’est quoi, ces balivernes ? s’exclameraient-ils si jamais ils entendaient une telle question.

Pour ne rien dire de leur consentement au Grand Remplacement.

Deux évidences. L’une dans un sens, l’autre dans le sens opposé. Laquelle est la plus importante ? Qu’est-ce qui doit l’emporter : la lutte contre l’oligarchie « mondialiste » et apatride, ou la lutte pour que notre identité culturelle et ethnique ne soit pas remplacée ? Les deux, évidemment ! Mais voilà une de ces simultanéités que le combat politique rend souvent malaisées. Laquelle des deux priorités faut-il donc choisir ? La réponse, surtout après ce qui vient de se passer en France, ne devrait plus faire l’ombre d’un doute.

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