Régions : les riches encore plus riches, les pauvres toujours plus pauvres

Ecrivain, musicienne, plasticienne
 

On peut bien les découper ou les regrouper, changer leur nom, inventer des contenus farceurs et des dénominations tout aussi ineptes, tracer des frontières en pointe et des bouts carrés, appeler haut ce qui est en bas et vice versa, nos régions sont inégales. Géographiquement et, surtout, économiquement. De plus en plus. Aujourd’hui plus qu’hier et, hélas, sans doute bien moins que demain.

Dans sa rubrique du matin (« Lenglet-Co », RTL), l’économiste François Lenglet pointait du doigt, ce mercredi, les disparités qui ravagent notre pays sans qu’on en ait souvent conscience, les chiffres annoncés étant constitués de moyennes qui n’offrent qu’une image très floue de la réalité du terrain.

L’INSEE, nous disait François Lenglet, a dénombré 3,3 millions d’entreprises en France. Plus parlant : « Sur toutes ces entreprises, 0,1 % seulement créent la moitié des richesses du pays, réalisant 83 % des exportations françaises et 70 % des investissements de notre pays. Ça fait 3.000 entreprises, soit 1 entreprise sur 1.000 seulement. » Ces entreprises – 0,1 % du total, donc – concentrent à elles seules 20 % de l’emploi de notre pays. Une concentration due à « la mondialisation de l’économie, qui favorise les regroupements et les fusions ».

La conséquence très nette, souligne Lenglet, est que « les régions riches (celles où se concentrent ces entreprises) sont plus riches qu’avant ». Ce qu’on ne dit évidemment jamais, les chiffres avancés étant ceux de « la croissance française », comme si elle était uniforme. Mais qu’on se déplace un peu dans la France profonde, comme disent nos élites, et l’on traverse quantité de villes moyennes en état de mort clinique, où les centres sont désertés, des rues entières où tous les commerces ont fermé, des volets clos, des places sans âme qui vive, des quartiers historiques au passé parfois glorieux que de plus en plus de communes n’ont plus les moyens d’entretenir. Il est des régions où l’on a réellement le sentiment que la France se meurt.

Ainsi, « lorsqu’on regarde les PIB régionaux, on voit des disparités considérables, et de plus en plus accusées », dit François Lenglet. « Selon Eurostat, le PIB français a progressé de 8 % entre 2007 et 2013, c’est-à-dire en gros depuis la crise. Mais bon nombre de régions sont en dessous de cette moyenne. » La plus sinistrée est la Franche-Comté, « en récession sur sept ans, à -1 % ». La Lorraine est dans la même situation et le Limousin à zéro. Vient ensuite la Bretagne à « seulement 2 % » – le quart de la moyenne nationale – quand l’Île-de-France caracole en tête à 14 % !

On le voit, la croissance s’organise désormais en « pôles d’attractivité » : « Ces pôles attirent les entreprises, les investissements et le personnel qualifié. Toutes ces ressources humaines et financières délaissent les autres régions, en voie de désertification économique. » La disparité se creuse, et le redécoupage funambulesque opéré par l’actuel gouvernement, qui consiste à désosser la misère pour ajouter à la richesse, ne va rien y changer.

Au terme d’une étude menée par le cabinet Roland Berger (spécialiste de la problématique des grandes entreprises et des institutions publiques), 57 % des emplois créés entre 2008 et 2012 l’ont été dans les seules villes de Toulouse, Bordeaux, Nantes et Montpellier. Quant aux emplois de l’Internet censés irriguer demain tout le tissu économique, ils sont, pour l’heure, concentrés à 80 % sur seulement 15 communes de France.

Et ce ne sont pas les Hauts-de-France, Austrasie ou Contreforts Limougeots-Charentais qui y changeront quelque chose.

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