Le Piss Christ s’invite à Ajaccio avec la bénédiction de l’Eglise

Ecrivain, musicienne, plasticienne
 

Chaque été, le Musée Fesch d’Ajaccio propose au public une grande exposition mettant en miroir œuvres classiques et art contemporain. Cette année, face à la peinture lombarde du XVIIe siècle, c’est l’Américain Andres Serrano qui est à l’honneur avec son œuvre majeure : le Piss Christ. Soit la photo d’un crucifix baignant dans l’urine.

Lors des délibérations du conseil municipal au cours desquelles ce projet a été approuvé, Monsieur le maire s’en est expliqué : « Andres Sarrano est reconnu comme étant l’un des plus grands artistes américains vivants, et, malgré une polémique recherchée par un public extrémiste et inculte (sic), il est l’un des rares artistes qui, aujourd’hui, désire par ses photographies transmettre la connaissance de Dieu ».

De fait, à l’origine de la guerre de l’art qui a fait rage aux Etats-Unis dans les années 90, se trouvent Serrano et son Piss Christ, financé par l’Etat fédéral via le NEA, l’agence culturelle qui dépend du gouvernement des USA. Un organisme attaché à favoriser les pratiques culturelles des minorités, loin des « conceptions blanches et européennes », comme le rappelle Aude de Kerros dans son livre L’art caché. C’est au NEA qu’on doit la promotion des graffitis, puis du hip-hop et du rap, enfin de l’art le plus “avant-gardiste” promu par les minorités gays et lesbiennes assimilées aux minorités opprimées.

En réponse à la polémique qui enfle autour de son œuvre, Serrano (d’origine afro-cubaine) se revendique comme chrétien. Il dit même que c’est ce qui nourrit son œuvre : « Ma relation complexe à ma propre formation catholique influence aussi ce travail et m’aide à redéfinir ma relation personnelle avec Dieu. Et même si je ne suis plus catholique aujourd’hui, je me considère comme un chrétien et je pratique ma foi à travers mon travail. » S’il le dit.

Toutefois, pour ceux qui les regardent, les œuvres (plus de 120) qui vont être présentées à Ajaccio ne témoignent pas d’une “foi” rayonnante mais bien plutôt d’une obsession porno-morbide à tendance blasphématoire particulièrement nauséabonde : dans une esthétique vaguement saint-sulpicienne, des corps ensanglantés, scènes de sodomie, fistfucking, bondage, corps en décomposition…

Les déjections humaines, putréfactions diverses et autres déchets étant devenus depuis quelques décennies le comble du conformisme prétendument subversif en matière d’art contemporain, on se dit que ça ne mérite rien de plus que l’ignorance. Et l’on est du coup extrêmement perturbé en lisant, toujours sous la plume d’Aude de Kerros, que tout cela a reçu le meilleur accueil des évêques de France. Ceux de l’association Art, foi et culture en tout cas, qui déclarent dans leur ouvrage « L’Eglise et l’Art d’avant-garde : De la provocation au dialogue » que « l’œuvre de Serrano est porteuse de lumière », et invitent leurs ouailles à s’ouvrir à la « spiritualité » de cet artiste et de ses semblables.

C’est sans doute la raison pour laquelle l’évêque d’Ajaccio s’est courageusement débiné, se contentant d’appeler les fidèles à « prier pour l’artiste ». Quant aux évêques d’Art, foi et culture, on leur rappellera, au cas où ils l’auraient oublié, que « porteur de lumière » est l’exacte définition du mot Lucifer.

Marie Delarue
Ecrivain, musicienne, plasticienne

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