Il est urgent d’éduquer les femmes de ménage à l’art contemporain

Ecrivain, musicienne, plasticienne
 

En matière d’art contemporain fait d’objets détournés, il y a belle lurette que l’ami Duchamp est dépassé. Son urinoir fait première communiante. Depuis le vase de blanche porcelaine et les porte-bouteilles en ferraille, l’industrie du déchet artistique a prospéré comme nulle autre, faisant monter les enchères des tampons périodiques usagés, sacralisant déjections et pourriture, et charriant devant le gogo médusé des tonnes d’ordures et de gravats.

« Ceci n’est pas une pipe ». Ne nous laissons pas abuser. On connaît le gag visuel de l’ami Magritte. De même, découvrant mercredi dernier un tas d’ordures fait de papier journal, de cartons et de morceaux de biscuits étalés sur le sol dans une salle du musée d’art contemporain de Bari (capitale de la robe de mariée et des Pouilles italiennes), Anna Machi s’est dit : « Ceci n’est pas une œuvre d’art. » Et en femme de ménage consciencieuse, elle a accompli dans le silence du petit matin une vraie performance : foutre tout ce merdier à sa place, c’est à dire à la poubelle.

À La Repubblica qui l’a interrogée, elle s’est confiée sans détour : « J’ai ouvert la salle, et j’ai vu tout ce désordre par terre, […] un vrai bordel. Alors j’ai pris les cartons, les bouteilles, j’ai tout jeté… Comment aurais-je pu le savoir ? […] J’ai tout simplement fait mon travail. » C’est vrai, ça, comment elle aurait pu savoir que c’était de l’art, cette pauvre Anna Machi ?

Comment leur en vouloir, à elle et ses semblables ? Tenez, imaginez Conchita Vasquez qui tombe, dans la pénombre du Palazzo Grassi de Monsieur Pinault, à Venise, sur la pyramide de PQ de Martin Creed. Que fait-elle ? Elle gueule contre le livreur de Lotus ou Moltonel qui a laissé ça au milieu de la pièce et s’en va distribuer les rouleaux dans les toilettes des dames, qui n’en ont jamais assez.

Conclusion : il est urgent d’éduquer les femmes de ménage à l’art contemporain.

En attendant, il va falloir rembourser le tas d’ordures de Bari. C’est l’assurance de la société de nettoyage qui devrait s’en charger. On espère que la pauvre Anna Machi ne va pas se faire virer pour faute grave, ni surtout devoir à son tour rembourser l’entreprise : la facture se monte à 10.000 euros. Et « ceci n’est pas une blague ».

Pour info : la pyramide de PQ de Martin Creed est estimée 90.000 dollars. Avis aux amateurs : quand la m… se vend au prix du platine, ça vaut le coup de se soulager dessus.

Que disait-on déjà ? C’est la crise ?

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