Des centaines de familles françaises retenues en Arabie saoudite

Ecrivain, musicienne, plasticienne
 

Il n’y a pas, je crois, de contrées où notre lâcheté et notre veulerie s’expriment plus ouvertement que dans les monarchies pétrolières. On y fait assaut de bassesse et de flagornerie, on se prosterne en reculant comme on le faisait voilà trois siècles à Versailles, baisant les babouches d’obscurantistes à peines descendus de leurs chameaux pour implorer deux signatures au bas d’un contrat de dupes.

Ainsi Manuel Valls, en octobre dernier, vantant des « accords très importants » après que le roi Salman – qui l’avait fait poireauter une heure dans le hall de l’hôtel avec ses ministres Fabius et Le Drian avant de daigner le recevoir – eut réellement signé pour moins de trois milliards de contrats alors qu’il en avait annoncé pour plus de 10 milliards en juin et promis 50 un mois plus tôt, en mai 2015. La France est un pays de cocus glorieux qui non seulement doit en permanence rabaisser ses tarifs mais, en plus, fait l’avance pour payer l’hôtel.

L’Arabie saoudite que nous courtisons et dont nous acceptons les pires atteintes aux « droits de l’homme » – dont nous ne cessons, par ailleurs, de nous gargariser – est en train de couler, car tout le monde vit là-bas de la rente pétrolière, dangereusement à la baisse. Sur les 5,5 millions de Saoudiens qui travaillent, 3 millions sont employés directement par le gouvernement. Le secteur privé, lui, très limité, fonctionne grâce aux étrangers. Des Philippins, des Malaisiens pour la main-d’œuvre réduite en esclavage, et des Occidentaux pour l’encadrement.

C’est ainsi que la plus grande entreprise de BTP du royaume, Saudi Oger, basée à Riyad, ne paie plus ses 56.000 employés depuis cinq mois. Ce fleuron qui appartient au Libanais Saad Hariri, fils de feu Rafiq Hariri (grand ami et logeur du couple Chirac), est en faillite. Des centaines de familles françaises sont concernées, des expatriés qui non seulement n’ont plus de revenus et dont l’entreprise ne paie évidemment plus ni le logement, ni les billets d’avion pour le retour, mais pour beaucoup n’ont même pas la possibilité de rentrer en France puisqu’ils « ne disposent plus d’iqama, le permis de séjour et de travail. Ils sont actuellement bloqués dans le pays, tout comme leur compte bancaire. » Et souvent privés de passeport.

À côté de ces salariés, de nombreuses entreprises françaises et autres sous-traitants sont dans une situation tout aussi désespérée, des contrats et chantiers honorés depuis trois ans n’ayant toujours pas été réglés.

Et que fait le Quai d’Orsay ? Le mort. On ne veut pas risquer de se fâcher avec nos bons amis saoudiens. Seul l’ambassadeur a envoyé une lettre de protestation à Saad Hariri, qui a payé aux cadres français les salaires de septembre. Et promis la suite en mars… c’est-à-dire aux calendes grecques.

Ce qui n’a pas empêché Manuel Valls, parti nous prostituer pour quelques Rafale, de fanfaronner sur son compte Twitter un mois plus tard : « France-Arabie saoudite : dix milliards d’euros de contrats ! Le gouvernement mobilisé pour nos entreprises et l’emploi. » La bonne blague.

Avec les monarchies du Golfe, la France s’humilie à crédit. Et le pire est que nos politiques, et nos entreprises dans leur sillage, s’avilissent bassement devant ces chameliers pour leur vendre des services qu’ils ne paieront jamais : le FMI l’assure, la faillite de l’Arabie saoudite, c’est pour 2020 ! Si nous ne sommes pas morts avant, ce sera juste après.

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