Charlie Hebdo : et si l’on écoutait les veuves ?

Ecrivain, musicienne, plasticienne
 

En cette semaine de commémoration des attentats de janvier dernier contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher, on entend quelques voix discordantes s’élever au-dessus des discours convenus.

Il y a d’abord la veuve, Ingrid Brinsolaro, l’épouse du policier chargé de la protection de Charb, qui porte plainte contre X pour « homicide involontaire ». « Cette plainte comporte des circonstances aggravantes dues à des négligences administratives », a-t-elle confié à L’Express, pointant les manquements, pour ne pas dire les négligences, dans la protection du journal. Et puis il y a ce journaliste de l’agence Premières Lignes, installée en face des locaux de Charlie Hebdo, et qui tombe un jour d’octobre nez à nez dans la rue avec un automobiliste qui lui demande : « C’est bien ici, les locaux de Charlie ? C’est bien ici qu’on critique le Prophète ? » Il prévient la police… et puis rien. Le Canard enchaîné révélait mercredi que le PV de son audition est aujourd’hui introuvable.

L’automobiliste en question était l’un des frères Kouachi, venu en repérage. Chérif ou Saïd, on ne sait pas, mais l’un des deux assurément.

Mardi, c’est la veuve de Saïd qui se confiait au Figaro par la voix de son avocat, Me Antoine Flasaquier. Une femme de 30 ans, mère d’un petit garçon de 3 ans. Soumya Kouachi est malade, atteinte d’une sclérose en plaques. Le dire n’est pas destiné à faire pleurer dans les chaumières mais à montrer un peu plus la barbarie de l’époux qui les a abandonnés, elle et son fils, à leur sort impossible.

Contrairement à Kahina Amimour, la fraîchement convertie évoquée ici voilà dix jours et qui rêvait de finir en explosant comme son mari au Bataclan, Soumya Kouachi est dévastée par ce qu’elle vit. Sa vie devenue impossible, elle a voulu quitter son HLM de Reims, mais le bailleur « a refusé d’accéder à sa demande ». Totalement incrédule quant à ce qu’on reprochait à son mari, « elle a eu un deuil compliqué », dit l’avocat, notamment parce qu’« elle n’a pas pu voir le cercueil, ni assister à l’enterrement et elle doit se faire à l’idée que son mari est un terroriste ». Elle voudrait comprendre ce qu’elle a raté dans l’histoire, là où les choses ont basculé, mais l’avocat n’a pas accès au dossier de l’instruction : « La jeune femme n’a pas souhaité se porter partie civile, par respect pour les victimes. » C’est tout à son honneur. Mais aujourd’hui, elle a peur pour son fils, dont elle imagine le sort lorsqu’il fréquentera l’école. Pauvre gosse et pauvre femme.

Comment comprendre qu’au nom de la religion on tue, on abandonne femme et enfant, qu’on plonge sciemment dans la détresse ceux qu’on prétend aimer ?

Les frères Kouachi étaient de minables petites frappes, des crétins désœuvrés qui traînaient leur ennui et dealaient leur shit autour des Buttes-Chaumont. Je vis aux Buttes-Chaumont. Je les ai croisés, eux et leurs minables copains qui, depuis trente ans, pourrissent la vie du quartier avec leurs petits trafics, leurs règlements de comptes entre vendeurs de merde, leur rap dans la bagnole jusqu’à trois heures du matin. Le quartier a changé, est devenu « bobo ». Pas eux. Minables ils étaient, minables ils sont restés. Évidemment qu’ils ne connaissent rien à la religion (et rien à rien, d’ailleurs), rien au Coran qu’ils n’ont jamais ouvert. Il n’y a que nous pour vouloir trouver des explications, nous creuser la tête, battre notre coulpe sur la misère sociale et chercher le pourquoi du comment.

La raison, la voilà : dans leurs têtes vides, le djihad est un autre Hollywood. Ils partent en Syrie pour devenir Rambo ou Dark Vador. Enfin « la force est avec eux », rien d’autre.

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