Justice

Marcel, 93 ans : « Elle me résistait, je l’ai tuée. »

Journaliste, écrivain et essayiste.
 

Reims, 26 mars 2014. « Hein ? Quoi ? J’entends rien…« , marmonne Marcel Guillot devant la cour d’assises de la Marne en tripotant son Sonotone. Sourires dans le prétoire, excepté chez la famille de sa victime, Nicole Eldib, massacrée à 82 ans pour avoir repoussé les avances de l’ardent vieillard.

Elle le croyait un ami : il avait épousé une amie d’enfance, à elle, mariée de son côté, et les deux couples se fréquentaient, voyageant même ensemble. En 2004, Guillot est veuf. Septembre 2011 : le mari de Nicole est hospitalisé. Elle déprime, seule dans sa grande propriété, aux abords du village de Saint-Gilles (Marne, 165 âmes). Et elle invite le vieil homme à lui tenir compagnie chez elle pendant quelques semaines…

Mais connaît-on jamais ses amis ? Embourgeoisée, Nicole ne soupçonne pas l’orgueil frustré de Marcel Guillot. Sans même le certificat d’études, il a dû travailler comme peintre à douze ans, puis bûcheron dans les Vosges, avant de se cacher pour échapper au STO. Après la guerre, on le retrouve vitrier à la SNCF, puis, jusqu’à sa retraite, « agent d’entretien » dans une clinique de la région parisienne. Il réside à Bobigny, chef-lieu du redoutable « neuf-trois », département le plus violent de France.

Pour lui, l’invitation de madame Eldib est une invite. Quand la bourgeoise repousse le prolétaire, il enrage. Rumine son humiliation et prémédite son crime trois mois, puis revient se venger, dans la nuit du 6 au 7 décembre 2011. À coups de manche de pioche. Vingt, trente coups. La malheureuse, brisée, ensanglantée, respire encore vaguement ? Il l’étrangle. Traîne le cadavre jusqu’à sa Renault 25. Renonce, on ne sait pourquoi, à l’empiler dans le coffre, et le balance dans le ruisseau qui traverse la propriété. Comme « un criminel est un imbécile par définition » (Nabokov), Guillot oublie sur place sa montre pleine de l’ADN qui le confondra… Et amènera son arrestation, cinq mois plus tard, dans l’île d’Oléron où il s’offre de paisibles vacances.

Non sans qu’il ait d’abord eu le front de parader aux obsèques de sa victime martyrisée, présentant ses condoléances à la famille, avec un cynisme qui fait litière de « l’excuse de l’âge » et de « l’amour » avancés par sa défense.

Le verdict est attendu vendredi 28 mars en fin de journée. Ce devrait être la réclusion criminelle à perpétuité. À 93 ans. Oui, et alors ? Le sort de Nicole Eldib, à 82 ans, est-il plus enviable ?

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