Et maintenant, Manuel Valls se prend pour Jean-Paul II ?

Professeur de Lettres
 

Le 13 mai 1981, place Saint-Pierre, Jean-Paul II s’écroule subitement dans sa Jeep blanche. Mehmet Ali Ağca, un Turc de 23 ans, vient de tirer sur lui plusieurs balles. Le sang macule l’aube du Saint-Père. Les milliers de fidèles présents, et bientôt le monde entier, bouleversés, prient pour le pape.

Le 17 janvier 2017, alors qu’il sort de la mairie de Lamballe, Manuel Valls vacille imperceptiblement sur ses jambes. Nolan L., un Breton de 19 ans, vient de lui donner une légère gifle. Même pas de crème sur son costume immaculé. Les quelques quidams et journalistes qui ont assisté à la scène sont surpris, et bientôt la France entière, ou presque, s’esclaffe.

Mehmet Ali Ağca est condamné à la prison à perpétuité en juillet 1981. Son passé est trouble, et il a assassiné un journaliste turc en 1979. La vie de Nolan L., si l’on en croit LCI, est à peine moins abjecte : « [Il] semble déjà avoir derrière lui un passé de militant régionaliste » et affiche même « un engagement très marqué à droite ». Fichtre ! Mais cela n’a sans doute aucun rapport avec ceci : « Violemment plaqué au sol par un garde du corps du candidat à la primaire de la gauche, puis aussitôt emmené en garde à vue », il a été immédiatement condamné à trois mois de prison avec sursis, 105 heures de travaux d’intérêt général et 1 euro de dommages et intérêts.

Le souverain pontife a miraculeusement survécu à ses graves blessures. Pour lui, c’est la main de Notre-Dame de Fátima, dont l’Église célèbre la fête le 13 mai, qui a dévié la balle fatale. Manuel Valls, Dieu merci, s’est bien remis des picotements sur la joue consécutifs à l’agression dont il a été victime. Il n’a pas précisé s’il doit à son ange gardien de n’avoir reçu qu’une faible tape et non une énorme gifle.

Quatre jours après l’attentat, Karol Wojtyła s’exprime depuis son lit d’hôpital : « Je vous remercie vivement de vos prières et je vous bénis tous […] je prie pour le frère qui m’a tiré dessus et auquel j’ai sincèrement pardonné. » Le 27 décembre 1983, il rend visite à ce « frère » dans sa prison. Cette image forte fait le tour du monde. Manuels Valls s’en est-il souvenu quand, trois jours après son « attentat », il a annoncé sur RMC et BFM TV qu’il rencontrerait Nolan L. ? À la mort de Jean-Paul II, la foule criait « Santo subito ! » : de quoi faire rêver le candidat à la primaire…

Mais n’est pas grand qui veut. « Il y a une demande de me rencontrer. Je le ferai après cette campagne des primaires, parce que j’ai envie de discuter. […] sans jamais l’excuser, je veux essayer de comprendre comment un jeune garçon peut basculer ainsi dans une forme de violence », explique Manuel Valls. Quel abîme entre la démarche et le pardon du Saint-Père, inspirés par le Christ, et cette posture dictée par son idéologie, son ambition politique et son ego !

La violence exercée à son encontre est effectivement inexcusable. Mais elle est sans commune mesure avec celle qu’a subie Jean-Paul II. Ou les victimes des terroristes, voire des délinquants ordinaires, auxquels les socialistes trouvent pourtant tant d’excuses : ce sont des déséquilibrés, ils sont fragilisés par la précarité, la marginalisation, le racisme dont ils font l’objet…

Quant à nous, nous ne chercherons pas à comprendre la personnalité de Manuel Valls, ni la politique qu’il a menée à Matignon, et encore moins à l’excuser. La lui pardonner, peut-être, si nous pouvons nous persuader qu’il ne savait pas ce qu’il faisait…

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