Manuel Valls : de la gifle à la claque électorale

Professeur honoraire
 

Maintenant qu’une loi interdit la fessée, il n’est pas étonnant que l’auteur de la gifle portée au candidat Manuel Valls ait été condamné. Trois mois de prison avec sursis, 105 heures de travail d’intérêt général, un euro de dommage et intérêt : ce n’est finalement pas si cher payé ! Cet acte de violence, qui n’a pas entraîné d’incapacité de travail, laisse cependant des séquelles non négligeables.

D’abord, une interrogation sur l’indépendance de la justice. Du moins, en apparence. Ainsi, le leader de la CGT, Philippe Martinez, s’est étonné de la rapidité avec laquelle elle s’est prononcée. Au micro de RTL, il a déclaré qu’« il y a des façons plus efficaces d’exprimer son mécontentement mais [qu’il comprend] quelques réactions sur les procédures juridiques. Pour certains, cela va très vite et pour d’autres, ça va plus lentement. » Et de citer l’industriel Serge Dassault, qui ne bénéficie pas, lui, d’une « procédure accélérée ».

Quand il évoque l’efficacité, pense-t-il à l’affiche du syndicat Info’Com de la CGT contre la police, montrant une mare de sang au-dessous d’un écusson de CRS et d’une matraque, avec la légende : « La police doit protéger les citoyens et non les frapper » ? Il s’en était mollement désolidarisé, expliquant qu’en l’occurrence, ce ne sont « pas ceux qui appliquent les ordres qui sont montrés du doigt, ce sont ceux qui donnent les ordres ». Il ne s’était pas plaint, alors, de l’absence de réaction de la justice.

En fait, la sanction proposée par le procureur a été acceptée par l’agresseur, dans le cadre d’une procédure de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité : c’est une sorte de plaider-coupable à la française. Il n’y a donc pas eu de procès, d’où la rapidité de la décision. Selon l’avocat du jeune homme, il ne s’« explique quasiment pas [son geste] lui-même […]. C’est comme ça sur un coup de tête. […] Il ne sait pas lui-même ce qui lui a pris. » Bref, cette gifle serait partie toute seule.

Plus grave, dans cette affaire : la confirmation de la dégradation de l’autorité. On ne peut, bien sûr, que condamner cette gifle, même si certains rêvent de botter le derrière de l’ex-Premier ministre pour le chasser plus vite de la scène politique. L’autorité repose sur la confiance : qui, aujourd’hui, fait confiance à François Hollande, à son gouvernement, à ses ex-ministres ?

Mais la séquelle la plus importante, c’est Manuel Valls lui-même qui l’a produite. Dans son propre camp, il est de plus en plus discrédité, il pourrait être devancé par Benoît Hamon ou Arnaud Montebourg : dans tous les cas, il ne se qualifiera pas pour le second tour de l’élection présidentielle. Il aurait pu jouer au grand seigneur en ignorant l’affront, non sans panache ; il a préféré porter plainte et se poser en victime.

Il n’est pas sûr que cette victimisation lui permette de remonter la pente. Bien au contraire ! Car si la plupart des Français reconnaissent que cette gifle est inconvenante – et beaucoup moins burlesque que son enfarinage –, ils souhaiteraient bien que l’ancien locataire de Matignon reçût prochainement une belle claque électorale !

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