Editoriaux - Société - 13 septembre 2018

Mamoudou Gassama naturalisé au mérite. On attend les expulsions au démérite…

C’est fait, Mamoudou Gassama a été naturalisé français. Moins de quatre mois après son acte héroïque. Un acte individuel qui force l’admiration et l’administration qui, quand elle veut, peut donc faire des miracles de célérité.

Une belle histoire qui fut, en tout cas pour Emmanuel Macron, en recevant le jeune homme à l’Élysée, toutes affaires cessantes, l’occasion trop belle de capter à peu de frais la lumière héroïque, de donner une image positive de l’immigration, fût-elle illégale, et d’affirmer, au passage, le fait du prince. Du reste, pour ceux qui pourraient s’indigner contre cette décision motu proprio, rappelons que les naturalisations par la seule volonté du monarque ne datent pas d’hier. Ainsi, en juillet 1542, François Ier accordait des lettres de naturalité à Léonard de Vinci et, par la même occasion, le titre de seigneur du Petit Nesle.

Une belle histoire qui fut aussi l’occasion, pour le courant pro-migrants, de dénoncer, selon eux, l’« hypocrisie » du pouvoir. Citons, par exemple, cette tribune, intitulée « Mamoudou Gassama et l’hypocrisie de la méritocratie républicaine », parue le 28 mai dans Alternatives économiques, de David Belliard, élu écologiste à Paris : « C’est peu dire que Mamoudou Gassama doit être remercié de son acte de bravoure exceptionnel, mais pour UN Mamoudou Gassama superhéros, des centaines de milliers restent dans l’obscurité, sans horizon autre que le mépris, la violence, la mort. » La France doit accueillir tous les Mamoudou, sans distinction de mérite. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a qu’une Terre, que les frontières sont artificielles et, donc, que tout le monde est chez lui partout. Les fermiers blancs sud-africains qui sont expulsés de leurs terres ont, sans doute, un avis sur ce sujet ! D’ailleurs, où est le mérite de ceux qui sont nés français ? Que l’on sache, ils n’ont pas passés d’examen devant une commission ad hoc, pas escaladé un immeuble pour sauver un gamin.

Évidemment, cette théorie d’un monde global s’oppose à l’idée de nation. Une nation est, en quelque sorte, une famille constituée de ses membres vivants, mais aussi tous ceux qui l’ont construite dans le passé. Naturaliser une personne, c’est, d’une certaine façon, adopter cette personne, la reconnaître comme faisant désormais partie de la grande famille française. Or, on n’a jamais obligé une famille à adopter un enfant contre son gré. Et une famille qui adopte est libre d’accepter ou de refuser l’enfant qu’on lui propose. En cela, la notion de mérite est tout à fait légitime dans le processus de naturalisation.

Alors, si Gassama mérite d’être naturalisé, les étrangers bénéficiant d’un titre de séjour provisoire (ne parlons pas des clandestins !) qui commettent des crimes et des délits sur notre territoire ne peuvent prétendre à intégrer la nation française et, par conséquent, doivent être expulsés. C’est ce que dit, en creux, la naturalisation de Mamoudou Gassama. C’est, évidemment, ce que refusent les « immigrationnistes ».

Cela dit, ce décret de naturalisation pris pour « services exceptionnels à la France » et, donc, sans exigence de durée minimale de résidence, ne doit pas faire oublier que, pour obtenir cette nationalité, certains doivent payer de leur sang, le seul héroïsme n’y suffisant pas. Je veux parler des légionnaires qui peuvent devenir français, en vertu d’une loi votée à l’unanimité en 1999 par les deux chambres, loi dite « Français par le sang versé ». À l’époque, le garde des Sceaux, la socialiste Élisabeth Gigou, s’y était opposée, arguant que le gouvernement devait conserver « une marge d’appréciation afin de vérifier le degré d’attache avec la France de ces personnes ».

On imagine que le degré d’attache avec la France de Mamoudou Gassama a été vérifié.

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