Editoriaux - Politique - Presse - Table - 28 mai 2018

Mamoudou Gassama : le héros et les indécents

Ce samedi 26 mai, un sans-papiers malien du nom de Mamoudou Gassama a escaladé l’extérieur d’un immeuble pour sauver un enfant suspendu dans le vide. L’ensemble de la classe politique et l’opinion publique l’ont érigé en héros national.

De sans-papiers du XVIIIe arrondissement de Paris, Mamoudou Gassama a fait le tour de la presse nationale et est allé jusqu’à l’Élysée. Le jeune Malien de 22 ans, pratiquement naturalisé dans la foulée et incorporé dans le service civique des pompiers de Paris, peut remercier son courage et son habileté d’escaladeur. De cela, on ne peut que se réjouir, puisqu’il a probablement sauvé la vie d’un enfant suspendu dans le vide. Et là, ce fut l’emballement. Pétitions citoyennes, déclarations politiques : tout y est passé avec l’enthousiasme qui sied à ce type d’occasions. Un migrant sans papiers sauvant la vie d’un enfant : voilà qui invalide de fait toutes les thèses xénophobes et rances d’une extrême droite qui fait son beurre sur la peur de l’étranger !

En d’autres termes, il y a la bonne récupération et la mauvaise récupération. On vous laisse deviner. Exhiber un garçonnet mort noyé en une, c’est bien. Divulguer des clichés des victimes du terrorisme islamique, c’est pas bien. On reçoit Mamoudou Gassama en grande pompe pendant que le jeune Marin, rendu handicapé à vie par une poignée de sauvages, ne suscite aucune émotion présidentielle. Le Président Hollande se déplace au chevet de Théo et, un an plus tard, les enregistrements vidéo démontrent la réalité du jeune homme, voyou et escroc notoire.

Que le lecteur ne se méprenne pas, le courage de Mamoudou Gassama est exemplaire. Mais la récupération politique outrancière de certains que l’on voit jubiler, car tenant enfin le « bon migrant », est insupportable, voire, d’une certaine manière, raciste. Même les associations d’aide aux migrants parlent de « récupération politique éhontée ».

Les questions qui se posent, bien plus graves en soi que la précédente, sont celles-ci : quand est-ce que les décisions politiques prises dans ce pays cesseront de subir le diktat de l’émotion ? Jusqu’à quand la nationalité française sera distribuée comme un bon point au gré et au vent de l’opinion ? Le jeune homme s’est vu quasiment signifier sa naturalisation sur Twitter par un Président, cette fois-ci, peu embarrassé de laisser le mâle blanc en lui s’exprimer sur un sujet dont nous croyions qu’il ne se sentait pas le droit de commenter. Parce que l’émotion dictait une chasse au mâle blanc l’avant-veille, elle exige une naturalisation aujourd’hui. Mais que feront-ils quand, demain, elle exigera une fermeture des frontières ?

Il n’a pas fallu longtemps pour que Mamoudou Gassama soit exhibé, mis en avant, pour que tous les migrants soient désormais régularisés. Un proverbe malien affirme que « la sottise a mauvaise mémoire ». Un proverbe à méditer.

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