Editoriaux - Politique - Table - 29 mai 2018

Mamoudou Gassama mérite bien d’être appelé « fils » par la France

Malgré la politique louable de dédiabolisation entreprise tant au FN qu’à l’Action française et chez les Identitaires, le camp national comporte encore une marge minoritaire polluée par l’antisémitisme, l’islamophobie et le racisme dont nous avons eu l’ultime preuve avec l’« affaire » Gassama.

De quoi s’agit-il ? Un immigrant malien de vingt-deux ans a escaladé quatre étages pour sauver la vie d’un enfant français qui risquait de choir du balcon. Reçu à l’Élysée, le jeune homme sera naturalisé et intégrera le service des sapeurs-pompiers. En bambara (langue nationale du Mali), le mot « brave » se dit « kìsɛ » ; Mamoudou Gassama mérite incontestablement ce qualificatif, comme il mérite d’être appelé « fils » par la France et « frère » par les Français.

Le plus décevant, pour un authentique patriote, ce ne sont pas tant les coups portés par l’adversaire que les errances de son propre camp. Quand leur tropisme idéologique est mis à mal par la réalité, les gens fanatisés ont recours à l’hystérie et au complotisme pour nier la réalité elle-même – les faits n’ayant de sens que s’ils vont dans le sens de leur tropisme. Ainsi, on a pu lire que « Supermigrant » (nom par lequel M. Gassama est, hélas, affublé par la fachosphère) serait un « agent macroniste » et que tout cela serait « un coup monté » de l’exécutif pour promouvoir l’immigration. De fait, Macron surjoue, c’est indéniable : il saisit l’occasion de s’afficher avec un héros de la France pour redorer son propre blason. Cela n’enlève rien à l’héroïsme de Mamoudou, qui a risqué sa vie pour sauver l’un des nôtres.

Ceux qui, hier, regrettaient à juste titre le bradage de la nationalité et qui appelaient à suivre l’exemple athénien des naturalisations exceptionnelles pour acte d’héroïsme sont aujourd’hui les premiers à délégitimer cette naturalisation et à réclamer que Mamoudou « reparte au Mali pour y formuler une demande d’asile en bonne et due forme ». Or, même dans l’antique Athènes, sauver la vie d’un futur citoyen aurait valu à tout esclave l’affranchissement et à tout métèque la citoyenneté. Cette affaire n’est pas sans rappeler celle de Mathilde, la jeune fille métisse accablée d’insultes pour avoir été élue « Jeanne d’Arc ». Dans les deux cas, nous avons affaire à des personnes de qualité (françaises ou désireuses de le devenir) qui sont victimes d’odieuses insultes du fait de leur couleur de peau.

Je ne me souviens pas avoir lu autant d’insultes envers les Kouachi ou Abdeslam. À croire que les racistes détestent l’étranger qui fait du bien encore plus que celui qui fait le mal. C’est compréhensible : le « mauvais étranger » les conforte dans leur tropisme idéologique tandis que le bon brise les barreaux de leur prison mentale et y fait entrer la lumière. Or, à l’instar des vampires, les cœurs endurcis par la haine ne supportent guère la lumière…

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