Statut de la Catalogne - Espagne

La majorité des Catalans se sont prononcés pour l’union avec l’Espagne. Mais…

Écrivain et journaliste espagnol
El Manifiesto
 

Le résultat des élections catalanes de dimanche dernier est aussi frappant que cocasse. En votant pour les partis « unionistes » (appelons-les ainsi), 52 % des électeurs se sont clairement prononcés pour le maintien des liens avec l’ensemble de l’Espagne. Et pourtant, les sécessionnistes crient, eux aussi, victoire car la majorité absolue des sièges au Parlement régional a été remportée par les trois partis désireux de rompre les liens reliant depuis l’Hispania romana les différentes parties constitutives d’une des nations les plus anciennes de notre Europe.

La manœuvre était très rusée et, à première vue, très réussie aussi. En convoquant des élections dites « plébiscitaires », les séparatistes espéraient camoufler leur défaite en voix par leur victoire en sièges, puisque les lois électorales mises en place par eux-mêmes favorisent largement la Catalogne rurale (plus portée à la sécession) au détriment des grandes métropoles cosmopolites comme Barcelone.

Y sont-ils parvenus ? Oui et non à la fois. Oui, car l’addition des sièges d’« Ensemble pour le oui » (la coalition des deux grands partis indépendantistes de droite et de gauche) et des communistes de la CUP (également séparatistes, mais opposés aux précédents) leur donne la majorité mathématique au Parlement. Mais à la condition que ces derniers votent pour les premiers. Or, ils ont déjà déclaré qu’ils n’envisageaient nullement de le faire car, affirment-ils à juste titre, on ne peut pas proclamer l’indépendance d’un pays dont la majorité des gens (52 %) n’en veulent nullement. C’est pourquoi on parle déjà de la seule issue qui semble envisageable : la convocation de nouvelles élections…

Ceci pour la petite histoire de ce qui vient de se passer. Et pour la grande histoire ? Que se passe-t-il dans les tréfonds de cette Catalogne qui se contrefiche de ses intérêts économiques (la rupture avec l’Espagne et l’exclusion immédiate de l’Union européenne auraient des conséquences funestes dans le contexte économique actuel, que les dirigeants séparatistes n’envisagent nullement de modifier) ? Qu’en est-il de ce peuple catalan qui, s’éloignant des vues utilitaristes propres à notre temps, s’adonne cœur et âme à des choses telles que la passion pour son passé, l’affirmation de son identité, l’amour pour sa langue – ou pour une seule, plutôt, de ses deux langues ?

Il se passe quelque chose d’aussi admirable… que minable. Nul doute : ces gens-là n’ont rien à voir avec les atomes apatrides que sont devenus aujourd’hui la plupart des autres peuples européens – le reste de l’Espagne, où nul sentiment national n’effleure, y compris. « Patrie », « identité », « commmunauté de destin », « histoire » : voilà ce dont la Catalogne regorge absolument. Et moi qui ai dû fuir une Catalogne qui préfère parler et écrire en catalan (cette langue belle mais familiale) plutôt que dans la langue de haute culture qu’est l’espagnol ; moi qui vis entre Madrid et Paris, me sentant ostracisé à Barcelone, je suis bien le premier à proclamer haut et fort qu’un tel élan identitaire est, en soi, tout à fait admirable.

Le problème – et c’est là que l’admirable, hélas, devient minable – est que l’histoire, telle qu’elle est diffusée par le nationalisme catalan, est tout simplement fausse. Elle est présentée en tant qu’oppression exclusive là où il y a eu pendant des siècles un projet largement partagé par tous, quels qu’en fussent au demeurant les conflits et les vicissitudes. Le problème est qu’au lieu de continuer à affirmer la communauté de destin que la Catalogne a toujours constituée avec le reste de l’Espagne, une communauté où toutes ses particularités spécifiques lui ont été plus que reconnues depuis 40 ans déjà, elle s’entête (mais à 48 % des voix seulement) à rompre une telle communauté pour lui préférer une identité exclusive et excluante, petite et chétive, une identité marquée par l’étroitesse de l’esprit de clocher et par l’arrogance de l’esprit chauvin : cette marque constitutive du nationalisme lorsque, devenu sa caricature sinistre, il traîne dans la boue identité, enracinement, tradition.

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