Editoriaux - Polémiques - Politique - 21 février 2019

Mais où Marlène Schiappa va-t-elle donc trouver tout ça ? Sous sa douche, peut-être…

Bonne ou mauvaise nouvelle, c’est selon : on peut donc tout dire en France, même et surtout n’importe quoi. La preuve par Marlène Schiappa. Il y a celle qui voit des nains partout. Marlène Schiappa, elle, voit des convergences idéologiques. Entre la Manif pour tous et les terroristes islamistes. Bien entendu, sans les mettre « sur le même plan ».

Elle a dû trouver ça toute seule, comme une grande, elle qui vient de recevoir le prix de la révélation politique 2018, un beau matin, peut-être en prenant sa douche, lorsque le shampooing coulait sur ses épaules, son ventre, ses jambes, juste avant son interview à Valeurs actuelles. En tout cas, pourquoi se gêner ? Les manifestants pour tous ne risquent pas de l’assassiner. Les terroristes islamistes n’iront pas porter plainte pour diffamation ou injure publique, et peut-être même qu’ils vont bien rigoler, s’ils ont un minimum de sens de l’humour. Mercredi soir, la secrétaire d’État postait un tweet pour faire la promotion de son « entretien explosif » en précisant : « (pour tous ceux qui commentent sans avoir lu l’interview complète…) » Donc – soyons positifs -, bonne nouvelle : Marlène Schiappa aurait peut-être réalisé qu’il y avait comme un petit problème avec cette interview. Pas qu’elle aurait dit une bêtise. Pas du tout. Du reste, les naïfs qui imaginent qu’elle pourrait présenter des excuses peuvent sans doute se brosser. Bien comme il faut et avec la brosse en crin de cheval. Non, le problème, c’est que les gens commentent sans lire tout jusqu’au bout. Car, vous comprenez, Mme Schiappa est une écrivaine, une femme de lettres, comme on disait au temps d’Edmonde Charles-Roux. On ne peut donc résumer, caricaturer sa pensée complexe et profonde à une seule phrase, forcément tirée de son contexte, comme on dit. Madame Schiappa, c’est Madame de La Fayette, pas Nabilla. Que Nabilla me pardonne, elle ne mérite pas ça. Madame Schiappa ne sait pas que l’on vit dans un monde médiatique où chaque phrase est pesée au trébuchet. En tout cas, elle refuse de tomber dans ce petit jeu des petites phrases. Pas comme cette députée MoDem du Val-d’Oise qui porte plainte contre Dupont-Aignan pour « menace de mort », carrément, car il a eu le malheur de faire une plaisanterie, peut-être pas du meilleur goût, lors d’une manifestation contre la privatisation d’Aéroports de Paris, en appelant « à ne pas laisser repartir vivants les députés En Marche ! s’ils votent » le projet de loi PACTE. Cette députée qui, a priori, n’a pas le sens de l’humour, a donc déposé plainte car « dans le climat actuel, il est irresponsable d’agir ainsi et nous ne l’acceptons pas ». Marlène Schiappa, elle, dans le climat actuel, peut se lancer dans les comparaisons les plus hasardeuses – comparer des manifestants pacifiques à des terroristes islamistes –, mais là, en revanche, ça ne pose pas de problème. C’est comme ça, faut s’y faire, vous n’aviez qu’à gagner les élections.

Cela dit, cette histoire de « convergences idéologiques » est à creuser sérieusement. Et si, finalement, Marlène Schiappa avait ouvert là de grandioses perspectives ? Par exemple, sur la question très délicate du dépistage prénatal. En 2007, le professeur Didier Sicard, président du Comité national d’éthique de l’époque, ne dénonçait-il pas sa dérive eugéniste ? Ne pourrait-on pas y trouver alors, au nom de ce qu’on appellera désormais la « jurisprudence Schiappa », certaines « convergence idéologiques » avec les nazis qui éliminaient les enfants handicapés mentaux ? Bien évidemment, sans mettre « sur le même plan », toujours en reprenant les mots de la secrétaire d’État.

Pour finir. Des mal embouchés pourraient demander à Emmanuel Macron qu’il renvoie Marlène Schiappa à sa douche à l’italienne où elle pourra raconter toutes les bêtises qu’elle voudra sans que cela gêne. Moi, je dis non. Faut la garder au gouvernement pour tous les matins de bonheur qu’elle nous donne… sous la douche ou pas.

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