Editoriaux - Histoire - Médias - Presse - Sport - Télévision - 6 juillet 2018

Mais où est le Tour de France d’antan ?

Le 105e Tour de France va s’élancer dimanche de Noirmoutier. Pendant trois semaines, en vingt et une étapes, il parcourra le pays : 3.351 kilomètres au total. La presse cite déjà des vainqueurs potentiels : Chris Froome, blanchi in extremis d’une accusation de dopage, en quête d’un cinquième sacre, Romain Bardet, qui vise à monter de nouveau sur le podium, Richie Porte ou Rigoberto Urán… Mais une surprise est toujours possible.

Je dois avouer que ces noms ne me sont pas très familiers, n’ayant pas suivi depuis longtemps cette course, sinon épisodiquement, à la télévision. Et puis, le Tour de France ne me paraît plus être ce qu’il était, avec ses histoires de dopage récurrentes, les intérêts financiers en jeu et l’absence de héros dignes de traverser l’Histoire. Les tricheries de plus en plus sophistiquées de tel ou tel coureur, fût-ce à l’insu de son plein gré, ont beaucoup nui à l’image de la Grande Boucle.

Quand je pense au Tour, me viennent immédiatement à l’esprit les noms de Louison Bobet, Fausto Coppi, Jacques Anquetil, Eddy Merckx, Bernard Hinault et, bien sûr, l’éternel second Raymond Poulidor, qui restent liés à mon enfance. Enjolivés par le temps, cristallisés dans le souvenir, devenus des personnages de légende. Il n’est pas certain que les champions d’aujourd’hui conservent une aussi longue notoriété dans l’esprit des Français.

Le Tour de France reste, cependant, le spectacle le plus populaire. On verra encore la caravane publicitaire distribuer des cadeaux et des friandises, à la grande joie des enfants. On verra au bord des routes, le long des cols, des centaines de milliers de Français de tous âges applaudir les coureurs, les encourager, courir parfois à leurs côtés dans les montées, parfois se montrer imprudents. On verra, sans doute, le président de la République prendre place dans la voiture du directeur de la course et prononcer quelques paroles opportunistes, que les médias s’empresseront de répéter. Peut-être même enfourchera-t-il un vélo et roulera-t-il sur quelques mètres.

Mais il manquera quelqu’un à qui je voudrais rendre hommage, en cette occasion. C’est Antoine Blondin, ce « hussard » de la littérature, aux côtés de Jacques Laurent, Michel Déon, Roger Nimier et quelques autres… Engagé par le journal L’Équipe, en 1954, au cours de vingt-sept Tours, il écrivit des chroniques où il raconta les grandeurs et les servitudes des géants de l’époque. Non sans humour, parfois, comme dans cette chronique du 17 juillet 1954 : « De Bordeaux à Bayonne, je me suis étonné d’être dans cette caravane qui décoiffe les filles, soulève les soutanes, pétrifie les gendarmes, transforme les palaces en salles de rédaction, plutôt que parmi ces gamins confondus par l’admiration et chapeautés par Nescafé. Je peux le dire, mon seul regret est de ne pas m’être vu passer. »

Ou encore la mélancolie qu’il ressent à la fin du Tour : « Seul s’impose aujourd’hui ce sentiment que Gustave Flaubert appelait la mélancolie des sympathies interrompues. Le Tour, carrefour des nations et de langages, pâque tournante pour les amitiés, est maintenant semblable à un quai de gare tout bruissant de partances et de déchirements refoulés. Des idées noires… »

Un grand écrivain qui se passionne pour la Grande Boucle, je ne suis pas sûr qu’on en retrouve d’ici longtemps. Mais si le Tour 2018 nous offre quelques moments qu’Antoine Blondin aurait jugé bon de noter, c’est que, malgré le temps qui passe et la modernité qui détruit, il aura gardé quelque chose de ses origines et de son mythe.

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