Editoriaux - 10 octobre 2018

Mademoiselle, et fière de l’être (Et je ne suis pas la seule !)

Vous les avez vus fleurir cet été dans tous les villages et stations balnéaires de France et de Navarre, sur le dos des vacancières comme sur ceux des locales : les T-shirts imprimés « Mademoiselle ».

N’est-ce pas un peu paradoxal de voir s’afficher cette revendication, tant par les jeunes que les moins jeunes d’ailleurs, à l’heure où il n’est plus permis de s’identifier comme telle pour l’administration, où l’on se pose même la question d’un sexe neutre, où la mode unisexe fait fureur?

Comment expliquer cet engouement pour le « Mademoiselle », appellation d’origine bien souvent incontrôlée ?

De simples modeuses un peu grégaires cédant à la fois au vent du vintage et du T-shirt imprimé ? Difficile à croire. Aujourd’hui, chacun se fait homme-sandwich d’une cause plus ou moins sérieuse et l’on ne vous l’apprendra pas : rien n’est anodin ! Du « pour la planète, je roule en bicyclette » à l’effigie de Chirac (mais si, ça existe !), chacun de ces torses estampillés devient supporter d’une idée, véhicule d’une opinion.

Pourquoi ce brusque besoin de revendiquer, non seulement sa féminité, mais surtout ce terme si controversé ?

On s’affiche, on l’affiche, en portant cette inscription, elles deviennent les femmes-sandwichs du « Mademoiselle » : une bannière XXIe siècle ? « Mademoiselle » est ce mot un peu désuet et obsolète, un peu charmeur et charmant, une ombre de jeune fille en fleur ?

On a voulu que les femmes soient des hommes comme les autres et voilà qu’inconsciemment, elles revendiquent ce nom d’antan ! Eh bien, c’est parce qu’il plaît, ce nom, parce qu’il est plein de fraîcheur et de charme, de candeur et de jeunesse, parce qu’il représente à lui seul les attributs qu’on n’ose plus voir dévolus aux jeunes femmes et qui, pourtant, font rêver.

Qu’on lui adjoigne des qualificatifs plus ou moins élogieux, du « chiante » au « capricieuse », on reste une mademoiselle et tout devient plus gai !

Pourquoi, dès les années 1970, ce terme est-il remis en question par des groupes féministes ? Un outil subtil de domination masculine, selon elles, de condescendance inopportune, alors qu’il désignait, en latin (dont il vient), une jeune femme noble. Pourquoi est-il retiré depuis 2012 – à la suite d’une circulaire du Premier ministre d’alors, François Fillon – des documents administratifs ? Une ségrégation des femmes, une honteuse inégalité d’avec les messieurs qui ne voient pas leur désignation changée avec leur statut marital… Mais pourquoi, alors, voit-on encore tant de ces dames d’un âge certain se réjouir quand on les appelle « mademoiselle » ? Nos féministes n’avaient décidément pas de combat plus important à mener… Trouvent-elle le « Hé, salope, t’es bonne » plus agréable à entendre que le « Mademoiselle, t’es charmante ! » ? Qu’elles demandent donc leur avis aux intéressées qui, elles, savent bien faire la différence entre une marque de déférence et une insulte…

Alors, acheter un T-shirt « mademoiselle », un militantisme inconscient ? Porte-t-on son mademoiselle comme d’autres portent le Che ? J’avoue trouver plus frais un « mademoiselle » pailleté qu’un vieux barbu en béret.

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