Macron, y a le téléfon qui son

Professeur de Lettres
 

Mais M. Macron n’est pas Gaston et, quand le téléfon son, il y répond.

Un journaliste de Closer avait pourtant réussi, il y a peu, à prendre un cliché du téléphone portable du Président, lequel affichait 17.680 mails non lus ! Mais c’était son téléphone privé. M. Macron répond au téléphone quand il est au standard de l’Élysée, filmé par son service de communication, et que la scène est diffusée en direct sur le compte Facebook de l’Élysée. Même les médias d’ordinaire flagorneurs évoquent une nouvelle « opération de communication » (Gala), voire saluent ce « joli coup de com’ » (BFM TV).

D’abord, les traditionnelles poignées de main et questions aux standardistes (les vrais) : un échange forcément « cordial », à peu près aussi improvisé qu’un discours de réception à l’Académie française. Et surtout destiné à nous faire entendre que, si le standard de l’Élysée recevait des appels de mécontents du temps du Président Hollande, maintenant, le peuple en liesse ne rêve que de « parler directement » au Président Macron, l’idole des jeunes et des moins jeunes. Et Emmanuel Macron boit du petit lait, tout en faisant l’étonné : « Ah bon ? C’est vrai ? » « Et là, ça râle beaucoup ? », insiste-t-il ? Cri unanime de protestation ! On y va, tous en chœur : « Ah, non, non ! En ce moment, ils sont trèèès contents ! » Tant mieux car, foi de Macron, « c’est un bon baromètre ». Mais oui, Monsieur le Président, on vous aime, on vous adore, et on a tellement envie d’être proche de vous, de vous dire quelque chose et que vous nous répondiez !

Ça tombe bien : justement, des gens appellent. En même temps, dans un standard téléphonique, c’est un peu normal et, en traînant dans ces bureaux, M. Macron avait de bonnes chances de pouvoir être filmé en train de parler à des électeurs. Un appel, il se précipite ! Mais il n’y a personne au bout du fil : pas de bol… Voilà ce qui arrive quand on veut jouer au Président normal. La fortune, cependant, sourit aux audacieux. Le suivant est un lycéen qui a « vu sur Facebook que le président de la République » est là (vous en connaissez beaucoup, des lycéens qui passent la journée sur le compte Facebook de l’Élysée ?) ; en plus, c’est son anniversaire (« C’est pas vrai ! » Si, si, M. le Président, puisqu’on vous le dit…) et, devinez quoi, il veut être président de la République ! M. Macron est d’accord : « Il faut du renouvellement, alors, préparez-vous. » Oui : dans vingt ans, il lui laissera sans doute volontiers la place. En attendant, il l’encourage gentiment : « Je vous dis merde pour le bac. »

« Allô ? Oui, bonjour ! », « Allô, bonjour ! Oui ! » : le Président a aussi répondu à l’appel d’un étudiant En Marche !, pardon, en droit, qui a fait une proposition tellement intéressante qu’il lui a demandé ses coordonnées ; d’une mère de famille, qu’il a rassurée (« On va baisser les cotisations ») ; d’un couple de retraités, lui aussi inquiet, auquel, après avoir calculé sur un coin de table l’effet cumulé de son projet de suppression de la taxe d’habitation et de hausse de la CSG, il annonce, enchanté : « Vous allez être gagnants ! » Elle est pas belle, la vie, sous le règne de Macron ?

Je ne voudrais pas être rabat-joie, mais le téléphone, moi, ça me fait penser à une autre chanson : « Tout va très bien, Madame la Marquise… »

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