Macron en veut à notre liberté

Voyageur
 

La concomitance entre la multiplication des attentats islamistes partout dans le monde et l’utilisation, par les terroristes, des messageries cryptées de bout en bout donne aux ennemis de notre liberté un prétexte pour réduire encore un peu notre espace de confidentialité.

À chaque attentat, les politicards en remettent une couche sur « ces systèmes de messages cryptés » qu’il faudrait à tout prix mettre à genoux pour juguler enfin avec succès le prosélytisme explosif des copycats de Mahomet.

Récemment, le lendemain de l’attentat de Londres, Theresa May y est allée de son couplet, demandant la fin du chiffrage. Cette semaine, c’est l’inénarrable Emmanuel Macron qui annonce : « Je mettrai en place une obligation de livrer les codes. Je ne laisserai pas les terroristes utiliser les techniques contemporaines sans avoir les mêmes moyens de lutte. »

Or, technologiquement parlant, cette déclaration est complètement idiote.

Je n’entrerai pas trop dans les détails du chiffrement « de bout en bout » (la fiche Wikipedia ici explique tout ça très bien), mais le principe fondamental en est simplissime : seul le destinataire du message (choisi par l’envoyeur) peut décrypter le message qui lui est envoyé. L’envoyeur lui-même, une fois le message crypté à l’attention du destinataire, n’a aucun moyen de décrypter ledit message. A fortiori, les entreprises qui transportent le message crypté n’ont, elles non plus, évidemment, aucun accès à la version « en clair », puisque la clef privée du destinataire est nécessaire pour le décodage.

Exiger de ces entreprises qu’elles « livrent les codes » est donc un non-sens absolu. On ne peut exiger de qui que ce soit qu’il livre ce qu’il n’a pas !

Depuis le 5 juin 1991 – ça commence à faire un bail, non ? -, le chiffrement cryptographique est accessible à tous. Et depuis l’avènement des messageries cryptées de bout en bout sur les téléphones, « accessible à tous » est devenu « même à ta grand-mère, qui n’a même pas besoin de le savoir : ça marche tout seul ».

Alors, bien sûr, les services secrets peuvent tenter des « attaques par l’homme du milieu », cette technique qui consiste à se faire passer pour le destinataire et à, ensuite, réencoder le message pour le vrai destinataire… après l’avoir lu. Dans un film d’espionnage, c’est facile : un geek chevelu tapote négligemment sur son clavier de la main gauche pendant que, de sa main droite, il dévore une part de pizza… Dans la réalité, c’est quasiment toujours infaisable ; la facilité sans cesse accrue avec laquelle les utilisateurs peuvent échanger les « empreintes digitales de clefs » empêche ce type d’attaque.

Alors, que veulent vraiment les politiques ? Interdire tout chiffrement ?

« Au début », c’était le cas. Lorsque les premiers logiciels de chiffrement accessibles au grand public furent publiés, leurs auteurs tombaient sous le coup des lois qui classaient ces outils dans les « armes de guerre ». Véridique.

C’était le cas en France. Philip Zimmermann lui-même eut quelques problèmes avec la justice, et une version de son génial PGP fut interdite à l’export hors des États-Unis.

Mais tout cela a changé. Sans chiffrement, pas de possibilité d’acheter quoi que ce soit en ligne (les données bancaires…).

Interdire les messageries cryptées ? Cela n’a aucun sens non plus. Ils interdiront celles qui sont publiques, visibles, connues, et immédiatement la communauté des développeurs du monde entier en créera 100 nouvelles, distribuées seulement « sous le manteau numérique ». Et puis, interdire… dans quelle juridiction ? L’Internet… ça n’est « nulle part ».

Il va falloir qu’Emmanuel Macron et tous ses collègues commencent à comprendre quelques principes de base de la vie :

1. On ne revient pas en arrière sur une technologie qui a été inventée.

2. On n’interdit pas les voitures parce que certains s’en servent comme une arme. Idem pour la crypto.

3. Dans le dossier Islamisme, le courage serait de s’attaquer aux causes, et pas aux épiphénomènes.

On reparle du Coran ? Lui, au moins, n’est pas chiffré. Tout y est écrit en clair. Noir sur blanc. Et ça, ça fait vraiment frémir.

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