Macron roi, mais pour quoi faire ?

On ne compte plus les propos élogieux à propos des premiers mois au pouvoir d’Emmanuel Macron. Pas un dîner en ville, pas une réunion de famille sans entendre l’un ou l’autre reconnaître que le Président « fait le job » et que, jusque-là, il le fait plutôt bien. Son allure, sa jeunesse, son franc-parler plaisent à ceux qui, il y a encore un an, se moquaient de cet inconnu qui, immanquablement, allait se dégonfler comme une baudruche.

Il est vrai que l’homme a compris une chose essentielle : dans notre vieux pays monarchique, le chef de l’État, héritier du roi, doit se comporter comme tel. À l’inverse de ses deux prédécesseurs, voire de Jacques Chirac qui, de roi, n’a retenu que l’adjectif fainéant, Emmanuel Macron incarne la fonction. Les Français veulent un chef. Par une sorte de nostalgie de leur grandeur passée, et en dépit d’un républicanisme de façade, ils attendent du souverain à peu près tout. Ainsi, lorsque le Président se tient comme un monarque, ils applaudissent.

Il est malaisé de leur donner tort. Après les mandats calamiteux de deux personnages qui ont surtout défrayé les chroniques potins de magazines pour salons de coiffure, il était difficile de faire pire. Philippe VI d’Espagne, s’il revenait demain, ne serait pas accueilli par un ahuri au pantalon en tire-bouchon, la cravate de travers et la mèche rebelle. Quant aux propos présidentiels, ils ont l’apparence de la fermeté, de la netteté, et donnent une impression d’homme résolu, bien décidé à gouverner. En témoignent certaines nominations ministérielles : les ministres des Armées, de l’Intérieur ou des Affaires étrangères sont avant tout des subalternes. C’est le prince qui décide.

Tout cela est fort bien, mais laisse en suspens la question principale : un prince, oui, mais pour quoi faire ? Il ne suffit pas d’avoir à l’Élysée un beau gosse intelligent, cultivé, sachant se tenir, pour diriger notre pays dans la bonne direction. Et là, les choses se gâtent…

Devenu « roi de France », Emmanuel Macron met-il son pouvoir – ou ce que lui en laisse la Commission de Bruxelles – au service de la France ? À l’évidence, non. Le fond n’a pas changé. L’homme, élu par l’oligarchie économique et médiatique, n’est pas là pour jouer les Bonaparte. Sous les apparences d’un souverain, il sert en réalité les intérêts de puissances étrangères à l’intérêt national : l’Union européenne d’abord, dont il a réaffirmé la primauté à plusieurs reprises, et dernièrement dans ses vœux du 31 décembre. À ce titre, le projet de Macron est ouvertement fédéraliste. Le mondialisme, ensuite : ses déclarations à propos de l’immigration sont un mirage. Elles ne trompent que ceux qui y croient, alors que le phénomène est avant tout encouragé par des forces financières qui y voient un avantage immédiat, sonnant et trébuchant. L’atlantisme, enfin : même si Donald Trump n’est pas le fou sanguinaire que la presse se plaît à dépeindre, notre avenir se trouve beaucoup plus vers l’Est et la Russie que vers des États-Unis pour qui l’Europe doit rester une vassale.

Quant aux aspects sociétaux, ils sont simplement effrayants : « Le Meilleur des mondes » se profile devant nous sans espoir apparent d’y échapper. Euthanasie, PMA, libertarisme débridé : tout ce qui est bon pour le business est à prendre.

Alors, Macron roi ? En apparence, seulement. Et ce ne sont pas les intéressants propos de monsieur Blanquer qui suffisent à sauver tout le reste. Roi de théâtre sans doute, aux ficelles tirées par d’autres. Ni Saint Louis, ni Louis XIV, ni Bonaparte ou de Gaulle. Et c’est dommage. Au service d’un vrai projet national, l’homme aurait de l’avenir dans notre histoire…

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