Macron et son programme Défense : en marche vers la clochardisation

Colonel à la retraite
 

Ainsi, donc, Emmanuel Macron présentait, samedi matin, son programme en matière de Défense à l’hôtel des Arts et Métiers à Paris. Pour la petite histoire, il se dit que la chose devait initialement se dérouler au Cercle national des armées, place Saint-Augustin. Le gouverneur militaire de Paris s’y serait heureusement opposé, au motif que les armées se doivent de rester neutres durant une campagne électorale. Paris n’est pas Las Vegas, et il ne faut pas confondre cercle militaire et cercle de jeu !

La semaine dernière, Philippe Franceschi soulignait dans ces colonnes la faiblesse du programme d’Emmanuel Macron en matière de sécurité. « Macron et la sécurité : quel angélisme ! », titrait-il. Pour faire bref, et concernant la Défense, ce n’est pas le qualificatif « angélique » qui vient spontanément à l’esprit pour définir le programme du candidat d’En Marche ! forcée. « Indigent » et « irresponsable » sont plus appropriés.

Il est vrai que le « régalien » ne semble pas être spécialement la tasse de thé de celui qui prône à tout va la « bienveillance » – sauf, évidemment, pour Marine Le Pen. Mais ce samedi, Emmanuel Macron a enfilé son petit treillis, chaussé ses petites rangers et s’est coiffé de son petit béret : « J’assumerai pleinement ce rôle de chef des armées dont je mesure la responsabilité », a-t-il déclaré.

Toujours très fort dans l’art d’enfoncer les portes ouvertes, le général en chef de la Grande Marche a tweeté : « Le Président de la République est le chef des armées. Article 15 de la Constitution du 4 octobre 1958. » Merci. On ne le savait pas.

Indigent et irresponsable, disais-je. Car, bien enveloppé dans de belles phrases, le programme d’Emmanuel Macron signe la poursuite de la détérioration de notre outil de Défense. Sa clochardisation.

Tout d’abord, le fameux 2 %, nouveau chiffre magique que chacun se répète, sans vraiment savoir de quoi il retourne, comme d’autres rabâchent le 3 % de déficit. M. Macron vise un budget de la Défense à 2 % du PIB en… 2025. Autrement dit, aux calendes grecques. L’équipe d’En Marche ! explique, sans barguigner : « Il n’y a pas de désaccords avec les militaires ; le seul problème, avec eux, c’est la date. » Un peu comme si, en 1941, le gouvernement britannique avait déclaré : « Il n’y a pas de désaccords avec les militaires : nous construirons des milliers d’avions, de bateaux, de canons, pour battre Hitler. Mais ils seront livrés en… 1949 ! »

Pourtant, Emmanuel Macron pose un diagnostic lucide : « Utilisées au maximum de leur capacité, nos forces n’ont plus suffisamment de temps pour se reposer ni s’entraîner, faisant craindre une dégradation progressive de leur sécurité, de leur efficacité et du recrutement. »

Alors, on fait quoi ? Réponse d’Emmanuel Macron : « Nous maintiendrons la force opérationnelle terrestre à 77.000 hommes, effectifs nécessaires pour maintenir le niveau d’engagement actuel de nos troupes, tout en leur laissant le temps de s’entraîner et se reposer. » Du Macron pur sucre, du même tonneau que cette déclaration magique faite la semaine dernière sur un tout autre sujet (l’interdiction aux automobiles des voies sur berge à Paris) : « C’est une bonne mesure. Mais les conséquences sont regrettables… »

Autre phrase qui n’engage à rien : « Nous ferons décroître progressivement l’opération Sentinelle, en fonction de l’évolution de la menace terroriste. » Des fois qu’on soit assez idiot pour maintenir une opération s’il n’y a plus de menace…

S’il veut prétendre revêtir l’habit de chef des armées, M. Macron doit se convaincre – et, surtout, nous convaincre – qu’il ne suffit pas de ressembler à Gérard Philipe, impeccable dans son joli petit uniforme d’opérette, dansant la valse avec Michèle Morgan, à la veille de partir pour Les Grandes Manœuvres

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